Déclaration de PEPS – Pour une Écologie Populaire et Sociale
A69 : le Conseil d’État valide un projet d’un autre âge. Notre combat, lui, continue.
En validant la reprise du chantier de l’A69, le Conseil d’État offre une victoire juridique au gouvernement et aux promoteurs d’un projet autoroutier dont l’impasse écologique, économique et sociale n’a jamais cessé d’être démontrée. Cette décision constitue un très mauvais signal. Alors que l’urgence climatique s’aggrave, que les terres agricoles disparaissent sous le béton ou le goudron et que l’effondrement de la biodiversité est désormais largement documenté, l’État persiste à défendre un modèle d’aménagement hérité d’une autre époque : toujours plus d’infrastructures routières, toujours plus d’artificialisation des sols, toujours plus de dépendance aux mobilités contraintes. Â
Le Conseil d’État a tranché une question de droit. Il n’a pas répondu à la question politique que pose l’A69 : quel modèle d’aménagement voulons-nous construire au XXIᵉ siècle ? Car le véritable débat dépasse largement celui d’une autoroute entre Castres et Toulouse. Pourquoi les habitants sont-ils toujours plus nombreux à devoir parcourir chaque jour des dizaines de kilomètres pour travailler, se soigner, étudier ou accéder aux services publics ? Pourquoi les activités essentielles de la vie sont-elles progressivement éloignées les unes des autres au point de rendre les déplacements toujours plus longs et plus indispensables ?
L’A69 ne répond pas à ces questions. Elle accompagne cette évolution en proposant de circuler plus vite dans un territoire organisé autour de distances toujours plus grandes. Elle traite les conséquences sans remettre en cause les causes. Ce choix répond à une logique qui privilégie l’accélération des flux, la concentration des activités et la mise en concurrence des territoires, alors que l’urgence est aujourd’hui de reconstruire des territoires où les habitants puissent vivre dignement sans dépendre toujours davantage de la vitesse, de la voiture ou de grandes infrastructures.
Un territoire n’est pas un espace que l’on traverse toujours plus vite ; c’est d’abord un lieu où l’on doit pouvoir vivre pleinement. C’est pourquoi le véritable désenclavement ne consiste pas à gagner quelques minutes sur un trajet. Il consiste à permettre à chacune et chacun de travailler, d’étudier, de se soigner, d’accéder aux services publics, de produire, de se rencontrer et de participer à la vie démocratique sans être condamné à des déplacements toujours plus nombreux.
Depuis des années, des citoyens, des scientifiques, des agriculteurs, des associations et des élus proposent des alternatives crédibles : améliorer les infrastructures existantes, développer le ferroviaire, renforcer les transports collectifs, soutenir les mobilités du quotidien. Mais ces propositions ne prennent tout leur sens que si elles s’inscrivent dans un projet plus vaste : rapprocher les services publics, maintenir une activité économique diversifiée, préserver les terres agricoles, soutenir les commerces de proximité et permettre à chacun de trouver près de chez lui les conditions d’une vie digne.
Le gouvernement a préféré criminaliser la contestation, discréditer les défenseurs de l’environnement et présenter toute opposition comme un refus du développement des territoires. C’est une impasse. Les habitantes et les habitants du Tarn ne demandent pas d’être enfermés dans leur territoire ; ils demandent d’y vivre pleinement. Ils ont besoin de services publics renforcés, d’un réseau ferroviaire ambitieux, d’une politique industrielle tournée vers les besoins des territoires, d’une agriculture vivante et d’une véritable démocratie locale permettant aux habitants de participer aux choix qui façonnent leur avenir.
L’écologie populaire refuse la fausse opposition entre emploi et environnement. Les difficultés sociales, la fragilisation des services publics, les inégalités territoriales et la destruction du vivant procèdent souvent des mêmes logiques : concentration des richesses, éloignement des lieux de décision, recherche permanente de rentabilité et intensification des flux. À l’inverse, justice sociale, transition écologique et démocratie territoriale peuvent se renforcer mutuellement.
Nous adressons toute notre solidarité à celles et ceux qui, depuis des années, se mobilisent avec courage contre ce projet inutile. Leur engagement n’a pas été vain. Ils ont permis de faire de l’A69 un débat national et de révéler les contradictions d’une politique qui prétend répondre à l’urgence écologique tout en poursuivant des choix d’aménagement qui l’aggravent.
Cette décision judiciaire ne met pas un terme au débat. Elle rappelle au contraire que les grandes avancées sociales et écologiques naissent toujours de la mobilisation citoyenne et du débat démocratique.
PEPS poursuivra ce combat.
Parce que la France n’a pas seulement besoin de renoncer à une autoroute supplémentaire. Elle a besoin d’une autre manière d’habiter ses territoires.
Un territoire n’est pas un espace que l’on traverse toujours plus vite. C’est un lieu où l’on doit pouvoir vivre pleinement : travailler, apprendre, se soigner, produire, créer des liens, décider collectivement et construire un avenir commun.
C’est cette ambition que porte l’écologie populaire : non pas rendre supportable un modèle d’aménagement à bout de souffle, mais construire des territoires plus autonomes, plus solidaires, plus démocratiques et plus respectueux du vivant. Une écologie qui refuse d’opposer la justice sociale à la préservation de l’environnement, parce qu’elle sait que l’une ne peut durablement progresser sans l’autre.
