Bruits de bottes à la frontière entre l’Ukraine et la Russie   Préparatifs de guerre ou hallucination auditive ?

Pauvre Ukraine ! Située sur la zone de contact entre les impérialismes européens, russes et états-uniens, elle n’en finit plus d’être l’otage de leurs appétits et de leurs jeux géopolitiques.

Depuis quelques semaines, éditorialistes, experts, diplomates et politiques rivalisent de superlatifs pour annoncer l’imminence d’une déflagration que d’aucuns présentent comme le premier acte d’un conflit mondial.

Faut-il céder à la peur panique qu’affichent les chancelleries occidentales ?

Les relais dont PEPS disposent sur le terrain, en Ukraine comme en Russie, militants du mouvement social et animateurs de luttes écologistes nous disent bien autre chose. Ils ne repèrent pas de signes avant-coureurs d’un conflit : côté russe, les médias sous contrôle ne préparent pas les esprits à la guerre (contrairement à la propagande chauvine qui avait accompagné les interventions armées de 2014 et l’annexion de la Crimée), la réaction de la diplomatie russe ne semble pas feindre la surprise. Côté ukrainien, si la ligne de front devant le Donbass a toujours fait l’objet de tensions et de tirs sporadiques, l’armée ne semble pas se préparer à l’invasion russe. Depuis 7 ans et après 12000 morts en une année dont un grand nombre de civils au Donbass dans l’indifférence relative de l’Europe, la zone est entrée dans un conflit permanent de faible intensité, comme disent les experts militaires.

Dès lors, comment comprendre les gesticulations dont font preuve les occidentaux ?

Pour bien contextualiser la situation présente, il convient sans doute de remonter le temps de quelques semaines, voire de quelques années.

Depuis la fin de l’année dernière, les partisans de la paix et du désarmement dans le monde relancent des campagnes en faveur de la ratification du Traité pour l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) adopté à New-York en mars 2017 lors de la Conférence des Nations unies pour la « négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète ». Il se trouve aujourd’hui ratifié par 59 pays. En Europe, seules l’Autriche, l’Irlande, San Marin et Malte ont ratifié le traité. Aucune des puissances nucléaires officielles (Etats-Unis, Russie, Russie, Grande-Bretagne et France) ou officieuses (Inde, Israël, Afrique du Sud, Corée du Nord, …) n’en est signataire.

La France considère que « le traité sur l’interdiction des armes nucléaires est un texte inadapté au contexte sécuritaire international marqué par la résurgence des menaces d’emploi de la force, le réarmement nucléaire russe, les tensions régionales et les crises de prolifération » (« Désarmement et non-prolifération » , Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, février 2020)

En écho de cette position, l’OTAN considère que les obligations du traité sont incompatibles avec le fait d’appartenir à l’alliance.

Pourtant, plusieurs pays de la zone d’influence russe l’ont ratifié : le Kazakhstan en 2019, la Mongolie en 2020 ou certains de ses partenaires internationaux comme Cuba ou le Venezuela. Or, dans moins de trois mois, du 22 au 24 mars 2022, se tiendra à Vienne, une nouvelle session de pourparlers autour du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TPNW). Plusieurs pays européens, notamment la Norvège, la Suède, la Finlande et la Suisse, ont récemment confirmé leur intention de participer à la réunion à Vienne en qualité d’observateurs. L’accord de coalition conclu récemment en Allemagne prévoit aussi cette participation, ce qui signifie que des pays membres de l’OTAN sont aujourd’hui ouverts à la possibilité d’un dialogue autour des objectifs que se fixe le traité pour l’interdiction, même s’ils sont sans doute encore éloignés d’une possible ratification.

C’est dans ce contexte d’accélération des pourparlers autour de la paix et du désarmement qu’est intervenue, à la mi-décembre 2021, la proposition du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, de limiter le déploiement des armes nucléaires stratégiques ainsi que d’encadrer plus précisément les manœuvres des différentes alliances militaires internationales et surtout, de renégocier avec ses homologues états-uniens le périmètre de l’OTAN à l’Est de l’Europe.

Il n’en fallait pas plus pour que les chancelleries des pays de l’OTAN ne décident, en contre-feu, d’allumer des discours bellicistes et d’alerter sur un risque largement exagéré de déclenchement d’un nouveau conflit armé entre la Russie et l’Ukraine.

Le désert des tartares peut-il s’enflammer ?

Répétons-le : l’emballement autour de la situation à la frontière entre l’Ukraine et la Russie nous semble être essentiellement médiatique. Il découle des gesticulations et des manœuvres des impérialismes qui se disputent cette région du monde, sans que les menaces brandies se trouvent confirmées par ce qui se passe sur le terrain.

En Ukraine comme en Russie, l’urgence est d’abord sociale, écologique et démocratique. Encore marquée territorialement par la catastrophe nucléaire majeure de Tchernobyl en 1986, le peuple ukrainien doit faire face aujourd’hui à des attaques violentes contre ce qui reste de code du travail et de régulations sociales. Côté russe, les luttes écologistes contre de grands projets dévastateurs se sont multipliées ces dernières années, mais sont confrontées, comme le mouvement syndical, à une répression féroce. Les difficultés se font de plus en plus grandes pour exercer les libertés syndicales et politiques. Dans les deux pays, l’orientation du pouvoir est un mélange de nationalisme, de libéralisme et d’autoritarisme (pour ne pas dire plus dans le cas russe).

Cependant, à force de crier à l’imminence d’un conflit dans une région d’Europe où les armes ne se sont jamais totalement tues depuis 2014, le risque est grand que le dérapage, improbable il y a un mois, ne se produise finalement aujourd’hui.

Dans un tel contexte, PEPS dénonce les manœuvres impérialistes et prédatrices de l’OTAN, des Etats-Unis, de l’Union Européenne et de la Fédération de Russie. PEPS dénonce aussi les discours bellicistes et la préparation des esprits à la guerre d’où qu’ils viennent et alerte d’abord sur les urgences écologiques, sociales et démocratiques qui sont quant à elles bien réelles en Ukraine, en Russie, comme partout dans le monde.

PEPS, 03 février 2022

Qui sommes-nous ?

PEPS, Pour une Ecologie Populaire et Sociale, est un mouvement d’écologie de rupture qui prône la convergence entre les luttes sociales et les luttes environnementales.

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