Ils sont nés avant la honte. Alors que les luttes paysannes font rage en Europe, et qu’en France la répression s’abat sur les paysan.nEs en lutte pour leur survie, Ursula von der Leyen, présidente de la commission européenne, signe précipitamment avec le Mercosur, le plus important traité de libre-échange de l’Union Européenne. Dans la continuité des 40 traités commerciaux internationaux signés par l’institution européenne ces deux dernières décennies, celui-ci soumettra d’autant plus les paysan.nEs d’Europe et d’Amérique du Sud à la domination du capitalisme mondialisé et précipitera la disparition de celles et ceux qui contribuent chaque jour à nous nourrir.
Après 25 ans de négociations à huis clos, sans aucun contrôle démocratique, que contient aujourd’hui cet accord ? Toujours la même rengaine : une baisse des droits de douane sur des filières dites « stratégiques » pour la croissance économique des pays du Mercosur et de l’UE. Alors que le Mercosur se voit offrir le marché européen de la viande bovine, de la volaille et de l’éthanol, l’UE peut exporter en Amérique du Sud ses vins et spiritueux, produits laitiers, voitures thermiques, équipements industriels, et produits pharmaceutiques. Un accord « viande contre voitures » selon la formule déjà consacrée. Et avec toujours les mêmes conséquences : paupérisation des petits producteurs agricoles par la baisse des prix générée par la concurrence internationale, perte d’emplois dans les filières concurrencée de part et d’autre de l’Atlantique, enrichissement des multinationales et intermédiaires du commerce international au dépens des travailleur.Euses et paysan.nEs, renforcement des inégalités sociales entre pays du Nord et pays du Sud et au sein même des pays concernés. En Europe, les tenants des filières agro-industrielles gagnantes de l’accord, représentée en France par le syndicat majoritaire, la FNSEA, s’en donnent à cœur joie. Au Brésil, les grands propriétaires terriens et les élites de l’agro-négoce, soutiens majeurs de l’extrême droite bolsonariste, jubilent.
Si ces derniers vont voir leurs profits gonfler, ils gagnent également sur le front de l’extraordinaire backlash anti-écologiste qui s’étend désormais au monde entier. En effet, ce nouvel accord commercial sera responsable d’une hausse de 34% des émissions de gaz à effet de serre sur les échanges commerciaux générés entre l’UE et le Mercosur, notamment du fait du fret maritime et de la déforestation provoquée par les grandes exploitations de soja et d’élevage de bovins au cœur du « poumon vert » de la planète, à savoir l’Amazonie. En prime, l’UE trouve de nouveaux débouchés pour la production de ses voitures thermiques dont la vente est de plus en plus contrainte par ses propres réglementations environnementales. Et, comble de l’hypocrisie du capitalisme vert, les pesticides, fongicides et herbicides interdits au sein des frontières de l’UE, toujours au nom de l’environnement, pourront également se déverser à moindre coût dans les champs agricoles de l’Amérique du Sud où les normes socio-environnementales sont plus faibles.
C’est que ces accords de « libre-échange » verrouillent non seulement une logique productiviste à l’échelle internationale mais enferment également les travailleur.Euses des pays du Sud global dans un rapport de domination à l’égard des pays occidentaux, qui limite toute possibilité de prise en compte leurs propres besoins sociaux et écologiques. Surtout lorsque les capitalistes européens font supporter leurs efforts de « transition écologique » sur la pollution et la destruction des écosystèmes et des vies humaines au sein de territoires qui ne comptent pas pour eux. On est ici au cœur de la fabrique des inégalités socio-environnementales reposant sur une mécanique capitaliste et néo-coloniale : asservir, détruire et ravager à l’autre bout du monde pour s’offrir ici un steak haché premier prix.
On ajoutera enfin que la signature précipitée du traité entre l’UE et le Mercosur est indissociable de la nouvelle guerre des puissances impérialistes qui se dessine depuis quelques années. Les importantes conquêtes commerciales de la Chine en Amérique du Sud, le chantage aux droits de douane mené par les Etats-Unis à l’encontre des pays européens et la guerre impérialiste menée par la Russie en Europe font prendre subitement conscience aux vieilles puissances coloniales européennes de la fragilité de leurs positions dans le nouvel ordre international. Sous couvert de la défense du multilatéralisme et de la paix par les échanges commerciaux, l’Europe recherche en réalité de nouvelles sources d’approvisionnement en matières premières bon marché, dans un contexte où les ressources se raréfient, soit du fait de leur captation par des puissances concurrentes (Chine, Russie, Etats-Unis), soit par les bouleversements socio-écologiques en cours (les deux allant souvent de pair). Les pays d’Amérique du Sud, pourvoyeurs essentiels des métaux indispensables à la « transition énergétique » voulue par les pays d’Europe, deviennent ainsi de plus en plus le terrain d’une accélération de l’extractivisme minier, au mépris de la vie et de la dignité des travailleur.Euses et des peuples autochtones qui en sont les éternelles victimes. En prétextant vouloir éteindre l’incendie de la prédation impérialiste par la promotion d’une archaïque « mondialisation heureuse », les signataires du traité soufflent donc sur les braises d’un monde qui part déjà en fumée.
Pour toutes ces raisons, PEPS s’oppose avec résolution à l’accord commercial entre l’Union Européenne et le Mercosur, et soutient pleinement les luttes en cours contre sa ratification définitive. Car la lutte paie : sous la pression des paysan.nEs et de la société civile, le Parlement européen a voté ce mercredi 21 janvier une résolution visant à saisir la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) qui statuera d’ici un an sur la conformité de l’accord vis-à -vis du droit communautaire européen (sa procédure d’adoption par la Commission autant que le contenu étant largement contestable). Si la ratification du traité est censée être « gelée » d’ici là , et que la décision de la CJUE puis le vote final du Parlement pourrait définitivement enterrer cet accord commercial, nous ne sommes toutefois pas à l’abri d’une tentative de passage en force par la Commission qui a émis le souhait d’une application provisoire du traité dans un flou juridique le plus total. On l’a bien compris, les institutions de l’UE ne se sont jamais embarrassées de la démocratie pour faire valoir l’agenda néolibéral des classes bourgeoises du « Vieux continent ». Et si ce traité venait à être adopté, la porte serait grande ouverte à de nombreux autres accords commerciaux : au moins une vingtaine seraient déjà en cours de négociation, notamment avec l’Inde, des pays de l’Asie du Sud-Est et du Proche et Moyen-Orient.Â
Au nom d’une écologie solidaire des peuples du monde, nous nous devons de mettre un coup d’arrêt à la fuite en avant de la globalisation économique au service des multinationales, toujours plus destructrice !
PEPS est aux côtés de la Confédération Paysanne– Via Campesina pour défendre une agriculture respectueuse de la terre, des paysans et des animaux, pour une alimentation saine.Â