La semaine passée, un texte appelant à l’écologie de rupture a été déjà signée par plus de 600 signataires. Parmi eux, Julia Mignacca, Présidente du Conseil Fédéral du parti « Les Écologistes », plusieurs conseillers de Paris, des responsables de la gauche du parti comme Alain Coulombel ou Jérôme Gleizes. Cette crise s’explique évidemment par la proximité des élections municipales.
Pour la première fois la direction du Parti a, de fait sans le dire, acté un accord national avec le Parti Socialiste. Les Verts ou EELV, qui pratiquaient depuis les années 80 une politique dite d’autonomie stratégique, se sont ralliés comme à Paris ou à Nantes au Parti Socialiste dès le premier tour. Ils l’ont fait au moment même où celui-ci rompt avec la dynamique du NFP et vote le PFLSS de Lecornu et s’abstient sur le budget en refusant de voter la censure. Les signataires de cette tribune refusent en conséquence « que l’écologie se dissolve de nouveau dans la social-démocratie », qu’elle continue à être la béquille d’une gauche sociale libérale qui a engendré le macronisme.
Cette crise vient de loin. Elle suit moins d’un an plus tard celle des Grünen en Allemagne où les Jeunes Verts ont rompu avec la maison mère entrainant des milliers d’écologistes vers Die Linke sur la base de la lutte antiraciste, antifasciste et anticapitaliste.Â
Pour PEPS qui est né en 2019 des mêmes constatations et de la nécessité de regrouper les partisan.e.s d’une écologie de rupture anticapitaliste et de construire un Front Populaire écologique et social, il n’y a rien d’étonnant dans cette fracture.
La situation géopolitique mondiale caractérisée par le retour de la guerre, comme moyen de résoudre les conflits, la montée du Trumpisme et de l’extrême droite dans le monde, l’exacerbation des crises écologiques (dérèglement climatique, 6ème extinction des espèces, crise de la biodiversité, pollution des océans , extractivisme exacerbé, pollutions industrielles, …) enlève toute marge de manœuvre à une politique néo-centriste voulant ménager la chèvre et le chou, et soutenir une croissance et un capitalisme vert comme. solutions à la crise démocratique, sociale et écologique qui ravage la France, l’Europe et le monde. Dans une telle situation, la polarisation entre la droite et l’extrême droite d’une part et d’autre part les forces qui se réclament d’une transformation radicale de la société est inévitable. Tous ceux qui se trouvent pris entre ces deux forces sont broyés.
Mais plus profondément, l’écologie politique doit faire des choix fondamentaux. Les Écologistes ont surfé sur trois idées fausses depuis trop longtemps.
- La première est de croire à l’existence d’un peuple de l’écologie déjà organisé. Pour le moment, il y a peu de connexion et de luttes communes entre l’ouvrier qui se bat contre l’amiante et le cadre des centre-villes qui vient retirer son panier chaque semaine dans son AMAP. Pour PEPS, qui travaille à son émergence, ce peuple de l’écologie doit être conscient qu’il a des intérêts sociaux et écologistes communs. Il doit s’organiser dans sa volonté de changer radicalement la société.
- Deuxième idée fausse, il n’y a pas de majorité culturelle écologiste au sens ou il y aurait une majorité d’habitant-ES en France qui souhaiteraient une transformation écologiste de la société. Il y a une majorité environnementaliste qui estime que l’environnement, les paysages et la santé doivent être préservées. Mais cela n’est pas de l’écologie politique. L’environnementalisme est un greenwashing compatible avec la société de marché. A l’heure où l’humanité et le Vivant sont menacés de mort lente, l’environnementalisme des Écologistes est un enfumage.
- La troisième idée fausse découle des deux précédentes : il n’y a pas un et un seul parti qui peut se réclamer de l’écologie politique car celle-ci est multiple. Entre les éco-fascistes, les environnementalistes et l’écologie de rupture anticapitaliste, il y a comme il y a eu auparavant dans le socialisme une confrontation entre des courants qui n’ont pas les mêmes objectifs, les mêmes intérêts de classe, la même vision du monde.
Enfin cette crise illustre la déconnexion entre la base sociale du parti des Écologistes, des classes moyennes aisées au fort capital culturel qui vivent dans les centres villes, et les classes populaires. Cette déconnexion est le plafond de verre de l’écologie politique. Tant que les militants de l’écologie politique seront issus de cette seule couche sociale, l’écologie politique se résumera à une écologie bourgeoise isolée des luttes pour la subsistance et les besoins des classes populaires, isolée des luttes des raciséEs , des personnes handicapées, des oppriméEs et des exploitéEs.
Ce qui vient de se passer à EELV-Les Écologistes n’a donc rien d’une simple péripétie. Comme avec la création de PEPS, des Soulèvements de la Terre, l’émergence du communalisme dans de nombreux villages et villes, ce n’est qu’une des premières secousses qui vont transformer le paysage politique en faisant émerger une nouvelle force politique – celle de l’écologie populaire et du communalisme. C’est pourquoi nous souhaitons entamer un dialogue constructif avec les Verts Populaires et proposons, avec d’autres composantes, d’organiser des Assises de l’Écologie populaire et du Communalisme pour structurer à terme le camp de l’écologie de libération.
