Edito :Face à la menace fasciste, une seule réponse : faire Front bloc contre bloc

Pour Peps, le second tour des élections municipales confirme et accentue la crise démocratique. Celle-ci exige des réponses novatrices et audacieuses de la part de la gauche et de l’écologie de rupture. 

1. Une analyse de la dernière séquence électorale

Le taux d’abstention élevé, particulièrement chez les jeunes et  dans les classes populaires, qui ne croient plus en la politique pour changer leur vie, doit être compris comme une réponse politique à une gauche qui les a abandonnéEs. Malgré l’importance des enjeux, ces populations sont absentes car ils ne voient pas leurs aspirations et leurs besoins sociaux pris en compte.

Le RN et ses alliés progressent dans les zones rurales et les petites et moyennes communes. Ils sont les véritables gagnants de ces élections. C’est notamment dans les zones rurales ou périphériques aux métropoles, qu’ils étendent leur influence. Tant que les leçons tirées du mouvement des Gilets Jaunes n’auront pas été entendues, la gauche continuera à s’effondrer.

Le bloc central est en crise terminale. Estrosi battu à Nice, Bayrou à Pau, Dati balayée à Paris. Les seules victoires de Renaissance concernent des villes bourgeoises comme  Annecy et Bordeaux. Les Républicains, malgré quelques succès, comme à Clermont-Ferrand ou à Limoges, restent coincés entre le bloc central et le RN, errant sans direction.

Les Écologistes sont les grands perdants de ces élections ; Annecy, Besançon, Poitiers, Strasbourg, Colombes, la métropole de Lyon et Bordeaux leur échappent. Dans les autres villes, ils restent à la remorque du PS. La stratégie illisible d’EELV sur la primaire, le caractère politicien des interventions de sa cheffe, et le bashing des lobbies agro-industriel, nucléaires et chimiques ont  porté leurs fruits. Les Écologistes « officiels » tendent à devenir, comme en Allemagne, un parti environnementaliste néo-centriste.

Pour le PS (et Les Républicains), le maillage de leurs baronnies territoriales leur permet de résister dans les métropoles comme à Paris, Marseille ou Lille. Mais le PS aussi oscille entre faire du macronisme sans Macron et une Union de gauche réduite aux reliquats du PCF et aux Écologistes en perte de vitesse. Les déclarations contradictoires d’Olivier Faure entre les deux tours vis-à-vis de la FI montrent que ce parti, malgré ses victoires, est au bord de l’implosion.

Enfin la FI, confrontée à la campagne calomnieuse de la droite, orchestrée par l’extrême droite et relayée par des caciques du PS, confirme sa percée du premier tour en remportant Roubaix, Sarcelles, la Courneuve, St Fons, Vénissieux, le Tampon à la Réunion. Elle fait élire des centaines de jeunes et de conseillerEs municipaux raciséEs.

2. Un bloc électoral antifasciste est nécessaire… 

A PEPS, nous nous réjouissons de l’élection de nos camarades à Pantin, Créteil, Bagnolet, St Denis, ainsi que de celles des camarades des Verts Populaires ou de l’Offensive parmi les 2640 élu.e.s des listes municipalistes qui ont gagné dans 159 villes ou villages sous la bannière d’Actions Communes. Ce bilan montre qu’une gauche radicale, communaliste, écologiste, féministe et antiraciste est en train de constituer un bloc social antifasciste, tant dans les métropoles, en outre-mer, que dans la France rurale.

La séquence politique qui s’ouvre concerne les élections présidentielles. L’affrontement entre le bloc néofasciste (UDR, RN, Reconquête, LR) et notre camp sera brutal, bloc contre bloc. Il n’y aura plus de Front Républicain crédible, ni de faux-semblants. Celleux qui croient à l’illusion d’une primaire, ou à un macronisme sans Macron s’engagent dans une impasse. Le macronisme a disparu avec Macron : la bourgeoisie votera soit Bardella, soit Édouard Philippe, l’homme de la retraite à 67 ans et de la répression violente des Gilets Jaunes. Nous ne participerons pas à ce scénario.

Si un front antifasciste électoral, ancré dans le mouvement social, est absolument crucial pour repousser le fascisme en 2027 et établir un pouvoir d’État tolérant à la dynamique révolutionnaire communaliste, il nous faut rester lucide.

3… Mais pas suffisant: pour une confédération des déjà-là

La montée du fascisme, les crises écologiques et sociales, la montée des inégalités et la militarisation ne peuvent être résolues par l’élection. Faire barrage au RN et au bloc bourgeois est un nécessaire pansement, mais la blessure purulente du fascisme est plus profonde. Cette infection se développe dans la plaie grande ouverte infligée par le capitalisme et son État central. Les dynamiques de marché et de représentation « démocratique » hiérarchiques tendent toujours à dégénérer vers le fascisme en temps de crise. 

Il faut donc agir sur les causes pour espérer soigner l’infection. Aux sources de nos problèmes contemporains : les bases matérielles (énergie, alimentation, logement) et les rapports de production (domination, exploitation) stabilisés par les institutions hiérarchiques (« représentation » politique, propriété privée, etc.). 

Pour agir sur ces causes, l’électoralisme seul ne suffit pas. La condition de réussite d’une stratégie électorale  sera le rapport de force sous-jacent entre les déjà-là communalistes et les structures hiérarchiques. C’est uniquement la création et la confédération de ces déjà-là, dans les interstices, qui permettra à terme une rupture post-capitaliste. 

4. La France insoumise, force motrice de la construction du bloc antifasciste

Malgré des divergences géopolitiques, démocratiques ou l’écologiques, la FI est aujourd’hui la seule force capable de structurer un bloc antifasciste conséquent dans les deux années à venir, quels que soient les résultats des présidentielles et des législatives. Elle incarne le mouvement social capable de rassembler précaires, fonctionnaires, habitants des quartiers populaires et jeunes autour de ses propositions et de son dynamisme. 

Nous devons construire ce bloc pour répondre au refus de la politique, marqué par l’abstention ou le vote RN, conséquence de la dépolitisation générée par le néolibéralisme et ses acteurs macronistes ou sociaux-libéraux. Le mouvement social a produit ce refus en un mouvement « contre », parfois confus et complotiste, plutôt qu’en une force créant l’espoir d’une nouvelle société. Contre ce refus, nous devons promouvoir une autre politique fondée sur l’égalité, l’entraide et l’écologie.

Il s’agit de refonder une dynamique nationale, définissant le projet politique d’un courant fédérateur à gauche du PS, dépassant les clivages et rivalités sectaires, cohérent dans son programme et sa stratégie pour sortir de la 5ème République et instaurer une démocratie écologique conviviale. 

Cette gauche, ancrée sur le terrain, a démontré sa capacité à se mobiliser fortement entre le 9 juin et le 7 juillet 2024, d’abord contre la vague RN et ses alliés, ensuite contre la dérive du macronisme. Elle existe toujours, malgré l’enterrement du NFP le 9 décembre 2025 par le PS à l’Assemblée nationale.

5. La double démarche de Peps

La gauche et l’écologie de rupture doivent se ressaisir, s’organiser autour d’un projet de société, de la prise en compte des besoins populaires et de l’auto-organisation. Pour ce faire, nous proposons une double démarche :

1 – Organiser des Assises de l’Écologie Populaire et du Communalisme pour rassembler notre mouvance dispersée : éco-socialistes, insoumis-es, Verts populaires, l’Offensive, Changer de Cap, groupes communalistes éparpillés sur le territoire afin de constituer une force politique nouvelle et indépendante des appareils nationaux.

Chez Peps, nous avons eu le courage de créer une organisation indépendante des partis hégémoniques à gauche. Depuis 7 ans, dans la foulée des Gilets jaunes, nous avons construit un collectif d’ecologie de rupture, fondé sur les besoins et les désirs des classes populaires; des militantEs issuEs de ces milieux sont devenuEs des cadres de notre mouvement; nous avons analysé semaine après semaine, le contexte politique du point de vue de l’écologie de libération; nous avons réfléchi à une nouvelle utopie, concrète, sur des bases émancipatrices et autonomes. Mais Peps n’a pas vocation à être un groupuscule. 

Face à l’urgence écologique et la bascule fasciste en cours, nous renouvelons et faisons évoluer notre projet d’origine, l’appel à une constituante de l’écologie populaire de 2019, avec nos alliéEs dans le quotidien des luttes. Nous mettrons toute notre énergie et notre expérience concrète et théorique au service de cette force politique nouvelle. Celle-ci devra s’ancrer dans les luttes de terrain en développant l’autogestion, la démocratie directe, l’auto organisation, pour les besoins autour de l’alimentation, du logement, de l’environnement, de la santé, du travail, de la culture, de l’énergie. 

Elle devra aussi proposer un nouvel imaginaire politique, que nous avons pour notre part déjà travaillé dans le projet de « Seconde Commune ». Elle devra enfin avoir une politique clairement internationaliste anti-campiste, en soutenant le droit des peuples du monde entier à l’auto-détermination contre les impérialismes quels qu’ils soient.

2. Avec la FI et d’autres forces politiques souhaitant participer (NPA A, Parti de Gauche, POI, Réseau Coopératif de la Gauche Alternative, REV, Assemblée des Quartiers, QG Décolonial, CNNR, Egalités), constituer une fédération populaire de la gauche radicale. Cette fédération aura pour fonctions de préparer les élections présidentielles, de mettre en place dans les 577 circonscriptions la possibilité de désigner les candidatures aux élections législatives sur la base d’un contrat de législature, et surtout d’organiser, en cas de victoire néofasciste, la riposte antifasciste et l’autodéfense populaire de masse pour protéger les populations et les acquis sociaux.

6. Pour une union de la gauche de rupture

Dans ce contexte de montée du fascisme partout dans le monde, il est vital d’unir la gauche de rupture pour constituer un socle capable de rallier toutes celles et ceux qui organiseront la résistance. La victoire des forces racistes et néofascistes n’est pas inéluctable : elle dépend de l’évolution du rapport de forces. L’Histoire n’est pas linéaire, elle est faite de bifurcations. 

Si nous construisons l’Union populaire, fédérons les forces de transformation dans les quartiers, les campagnes, les lieux de travail et de formation, nous pourrons résister à ce « trumpisme à la française ». Pour cela, il faut dépasser les querelles sectaires, l’individualisme et construire le bloc politique et social antifasciste nécessaire pour défendre nos vies, nos territoires et ouvrir le champ des possibles.

Peps, le 27 mars 2026