
La nécessité d’une stratégie de préfiguration communaliste
Partout dans le monde un nouveau fascisme s’organise. Issus du croisement des intérêts fascistes de la droite réactionnaire (RN, Trump) et des intérêts libéraux des grands capitalistes (Renaissance, Musk). Ce renouveau autoritaire pourrait d’ailleurs être nommé “carbo-fascisme” pour son lien aux industries pétrolières ou “techno-fascisme” du fait du poids des GAFAM et autres maîtres féodaux des espaces numériques. Quoi qu’il en soit, le fait est que cette internationale fasciste gagne en puissance : montée de l’extrême droite en Europe, prise de pouvoir du duo Trump/Musk, soutiens mutuels entre le RN et la Macronie, entre la Russie de Poutine et les États-Unis de Trump ou encore campagne pro-Russe sur les médias Bolloré. Et tout cela s’accompagne de mouvements globaux accentuant et instrumentalisant les crises écologiques et sociales.
Sur fond de guerres, les puissances impérialistes pillent, exploitent et colonisent de nouveaux territoires, de l’Ukraine à la Palestine, saccageant les écosystèmes et anéantissant des populations entières. La tension militaire pousse un agenda d’armement justifiant les politiques d’austérité et le démantèlement de l’État social.
Nous connaissons en Amérique l’initiative du Department of Government Efficiency (DOGE) où Elon Musk et ses compères font disparaître brutalement toute forme de service social, fonctionnaires et autres acquis. Mais dans la même logique la France, grâce à la “commission spéciale de simplification de la vie économique”, le même processus est en cours. En effet, les députés RN et macronistes, ayant à nouveau fait alliance, proposent le démantèlement de plusieurs instances démocratiques et écologiques locales (comme les CESER, la conférence de la prévention étudiante, l’observatoire de l’alimentation, la Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d’environnement, Le conseil supérieur de la forêt et du bois, etc.)
Pendant que l’internationale s’enflamme, les fascistes organisent aussi la division et l’exploitation à l’intérieur. En France, l’islamophobie d’État à peine camouflée cherche à interdire le voile dans les compétitions sportives sous prétexte de “laïcité” alors même que les scandales pédophiles des écoles privées catholiques battent leur plein. Aux États-Unis, les minorités (personnes trans et LGBTQ+ en général, immigréEs et raciséEs, femmes, etc.) sont prises pour cible par des politiques réactionnaires. Tout cela aboutit, ici comme là-bas, à des expulsions et violences policières. On pensera par exemple à la récente expulsion des mineurs sans papiers de la Gaité Lyrique, ayant fait de nombreux blessés.
Au-delà de son aspect autoritaire et hiérarchique, le fascisme s’accompagne aussi d’un anti-intellectualisme viscéral. Aux États-Unis, les sciences écologiques et sociales sont attaquées et les chercheurs/chercheuses mis à la porte déclenchent le mouvement Stand Up For Science. En France, les coupes budgétaires de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de la culture ont provoqué la constitution du mouvement des Cultures en Luttes et d’un mouvement étudiant grandissant.
Dans ce chaos, les seuls vainqueurs sont les élites politiques et économiques. Les lobbies et les dirigeants de grandes entreprises organisent le sabotage de la démocratie et de l’écologie, et s’enrichissent grandement. On pensera au lobby de la pêche industrielle ravageant en France nos aires maritimes “protégées” (voir la récente campagne de Bloom), aux projets coloniaux de Total en Mozambique ou aux déploiements des satellites Starlink d’Elon Musk.
Ce succès de l’internationale fasciste tient notamment au fait que ces groupes s’organisent localement et globalement et proposent un projet de société et un imaginaire séduisant (le capitalisme spatial, le transhumanisme, les grands hommes et autres mythes au croisement des représentations de l’extrême droite traditionaliste et des libéraux scientistes).
Nous le savons, les solutions de réformes de l’État et du capitalisme sont de dangereuses illusions. La nature du marché et de la centralisation hiérarchique est telle que ces systèmes sont toujours, au mieux, vulnérables à la cooptation interne par le fascisme et, au pire, directement responsables du désastre en cours. Si nous voulons résoudre les crises écologiques et sociales contemporaines, nous devons opter pour une stratégie qui n’a pas pour objet de prendre le pouvoir d’État ou de réformer le capitalisme. Ces options écartées, il ne reste que la stratégie de préfiguration : construire ici et maintenant l’alternative à ces systèmes. Créer des institutions horizontales, démocratiques, sociales et écologiques hors de l’État et du marché, les protéger, les multiplier, les relier et leur faire prendre de plus en plus d’importance jusqu’à l’effacement de l’État central et du capitalisme.
La préfiguration répond à une triple nécessité : elle permet 1) de créer des espaces de résistances, de survie et de liberté, 2) de préparer de potentiels effondrements ou crises (guerres, catastrophes, crises économiques, etc.) et 3) de lancer une révolution lente permettant la sortie du capitalisme et de l’État.
Mais comment créer ces espaces de libertés et d’autogestion ? Et sur quel modèle ? En ce mois d’anniversaire de la Commune de Paris, PEPS se propose de puiser dans les pratiques historiques et contemporaines des modèles concrets pouvant guider nos nécessaires pratiques d’autogestion.
Ce 26 mars, au Baranoux Paris 19ème à 19h, PEPS et XR Carnage Total organisent à cette occasion la table ronde “La Commune des Communs” aux côtés de: la Maison du Peuple Nantes, l’épicerie La Source de Dunkerque, l’association Énergie de Nantes et la radio libre Cause Commune.
Ce texte présente l’ébauche de deux axes d’une stratégie communaliste de préfiguration : les Communes et les Communs.
Les Communes
Il faut d’abord comprendre que l’une des causes premières des crises écologiques et sociales est la centralisation politique hiérarchique dont l’incarnation majeure est actuellement l’État-nation. Comme l’explique James C. Scott dans ses ouvrages, la centralisation hiérarchique impose une simplification des réalités locales complexes (sociétés, économies et écosystèmes) pour les rendre « lisibles » et donc contrôlables, appropriables, taxables et exploitables par l’État central. Peu importe les intentions des administrateurs, cette approche conduit à une série de conséquences désastreuses : chute de la biodiversité, de l’agro-diversité et de la diversité culturelle, dépendance des populations, accumulation du pouvoir entre les mains d’une élite, uniformisation des individus et des modes de vie et, surtout, dépossession massive des populations quant à leur capacité de décider collectivement. Tout au long de l’histoire, les États centralisés ont été la source de désastres écologiques, depuis l’assèchement des marécages dans la basse antiquité, en passant par l’exploitation du bois par les États pré-modernes, jusqu’aux crises écologiques en URSS, aux États-Unis ou en Chine.
À travers l’histoire, de nombreux modèles de sociétés horizontales, basés sur une gestion démocratique locale et des confédérations globales, ont existé en opposition aux États centralisés. Le niveau local de ces systèmes, décrit dans les théories communalistes et la littérature anthropologique, est nommé « commune » et s’auto-organise de façon égalitaire et indépendante des autres territoires. Cette démocratie directe locale permet à chaque citoyen de participer activement à la gestion des affaires communes, en valorisant l’expérience des premiers concernés et en évitant les distorsions causées par une centralisation excessive du pouvoir, tout en s’adaptant aux réalités culturelles et écologiques du territoire.
Au-delà de la commune, la création de confédérations permet de coordonner ces entités locales. Une confédération rassemble plusieurs communes, ou autres instances démocratiques, participant volontairement à la mise en place de projets de grande échelle (échanges, défense commune, infrastructures, etc.). Contrairement à la fédération, la confédération fait partir le pouvoir de la base et pratique la libre association et désassociation : les décisionnaires sont donc toujours, in fine, les habitantEs des communes.
En Occident, et à l’époque contemporaine, l’exemple le plus marquant de ce type d’organisation reste l’expérience des Communes insurrectionnelles de 1870-1871. À la fin du XIXe siècle, dans le chaos de la guerre franco-prussienne et l’effondrement du Second Empire, des insurrections populaires éclatent en France. Inspirées par l’héritage des révolutions françaises, par le mouvement ouvrier et par les idées socialistes naissantes, les Communes se présentent comme une alternative radicale à l’État centralisé. À Lyon, les insurgéEs proclament : « La machine administrative et gouvernementale de l’État, étant devenue impuissante, est abolie ». À Marseille, la Ligue du Midi, une confédération de défense nationale, est mise en place. À Paris, sous l’influence de groupes jacobins, proudhoniens, socialistes et blanquistes, la Commune élabore un projet politique global : celui d’une France organisée en une Fédération de Communes libres, où l’auto-gouvernement repose sur une démocratie radicale. Il s’agit de l’expression du projet de République Sociale ou de « la Sociale », cet idéal révolutionnaire trahi par les révolutions bourgeoises précédentes.
Bien que cette histoire soit cruciale, nous proposons aujourd’hui de nous attarder sur les mesures prises par la Commune de Paris et sur son mode d’organisation concret de celle-ci. La raison en est simple : les communes peuvent aujourd’hui être une source d’inspiration majeure du mouvement social.
L’organisation politique de la Commune de Paris
Démocratie directe :
- La Commune de Paris organise la vie politique via des clubs, comités de quartier et assemblées locales. Ce système de démocratie délibérative permet de restituer le pouvoir aux habitantEs. Chaque quartier nommait ensuite des délégués, mandatés et révocables, représentant les intérêts des citoyens dans un comité central. Les communardEs appelaient aussi à la création d’une Confédération nationale des Communes.
Auto-défense citoyenne :
- La Commune acte l’abolition de la police et de l’armée d’État. Ce système est remplacé par la Garde Nationale, composée de groupes de citoyennEs en armes élisant leurs généraux dans chaque quartier.
Autogestion économique et solidarité :
- Sur le plan économique, la Commune lutte contre la précarité et le capitalisme, notamment en réquisitionnant des logements vacants, annulant les dettes des petits commerçants et réorganisant la production par le biais de coopératives ouvrières, s’inspirant du mutualisme de Proudhon.
Libération culturelle et éducative :
- Les artistes et intellectuellEs, regroupés par exemple sous la Fédération des artistes de Paris, se mobilisent pour libérer l’art du contrôle étatique et commercial. L’éducation est réformée pour devenir gratuite, laïque et obligatoire pour les filles comme pour les garçons. Les institutions de la Commune actent aussi leur séparation de l’État.
Luttes sociales et pour l’égalité :
- La Commune défend également les droits des immigréEs, en permettant aux étrangerEs de participer politiquement ou encore les luttes féministes en valorisant l’émancipation des femmes. Bien qu’elles ne bénéficient pas du droit de vote, elles s’organisent activement en créant des clubs, des journaux, des coopératives ouvrières, tout en militant pour l’égalité salariale et sociale. La reconnaissance de l’union libre et des enfants issus de couples non mariés témoignent de cette volonté de transformer les rapports de genre.
Du fait de son importance historique, la Commune reste le dernier dénominateur commun des courants contemporains de la gauche révolutionnaire. Marxistes, anarchistes et communalistes voient dans cette forme d’organisation une base féconde pour une société post-capitaliste. Pour Marx, “La Constitution communale aurait restitué au corps social toutes les forces jusqu’alors absorbées par l’État parasite qui se nourrit sur la société et en paralyse le libre mouvement”. Pour Lénine, la Commune serait la forme de “l’État prolétaire”. Pour les anarchistes, comme Bakounine et Kropotkine, la Commune préfigure une société libertaire sans État. Finalement, Murray Bookchin, le père du communalisme, prend les communes insurrectionnelles comme inspiration première de sa démocratie directe libertaire. Ce mouvement continuera d’inspirer les luttes, de l’Espagne anarchiste au Rojava. On retrouvera la figure de la Commune dans la “Commune des communes” des Gilets Jaunes, dans la “place de la Commune” de Nuit debout ou encore dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Les Communs
Si la centralisation hiérarchique de l’État est une cause importante des crises écologiques et sociales, la grande accélération contemporaine de celles-ci est due à l’émergence du système capitaliste moderne. Comme démontré par l’ensemble des éco-socialistes, des chercheurs en écologie et par les tenants de l’écologie sociale, notre système économique est la cause de ce “capitalocène” où nos sociétés dépassent les limites planétaires. La logique de la propriété privée lucrative, de la dynamique de compétition, de croissance, de création de rareté et d’accumulation sont autant d’éléments nécessitant une logique d’accaparement et d’épuisement des ressources naturelles. Aucunes parcelles de nos milieux ne sont en sécurité face à l’ogre : fonds marins, espace, code génétique de nos plantes, sources d’eau potable… tout peut et doit devenir marchandise. Cette logique est aussi, bien évidemment, à l’origine de l’exploitation de tous les travailleurs/travailleuses et des crises démocratiques et sociales majeures de notre époque.
Cependant, dans toutes les sociétés historiques et contemporaines, les êtres humains ont développé d’autres modes de gestion économiques. Les travaux d’anthropologie et d’économie montrent en effet l’existence de gestions hors du marché public et privé : les communs. Un commun est un bien ou un service autogéré démocratiquement par ses utilisateurs et accessible équitablement pour chacun de ces derniers. Les communs favorisent une gestion durable des ressources sur le long terme, un contrôle collectif local de celles-ci, et une redistribution équitable. Le commun tend à être fondé sur la propriété collective d’usage, par opposition à la propriété privée lucrative, et sort ainsi des logiques du marché. Il ne faut pas non plus confondre les communs socialisés et les biens publics d’État, soumis à la captation par les élites et à la standardisation.
Ces communs connaissent, depuis le mouvement altermondialiste, les mouvements démocratiques des places et les luttes décoloniales indigènes et écologistes modernes, un gain conséquent d’intérêt. Ainsi, le terme et la pratique du commun émergent tout autant autour de communs culturels et informationnels (logiciel libre “Open Source”, bibliothèques pirates en ligne, articles scientifiques gratuits “Open Access”, œuvre sous Creative Commons et Copy Left, etc.) qu’autour de communs écologiques (forêts, semences agricoles, lacs et fleuves, pêcheries, etc.) ou d’infrastructures (rues et places, routes, réseau électrique, etc.). Ces communs ont largement été étudiés et décrits par des chercheurs comme le prix Nobel d’économie Elinor Ostrom dans son travail d’avant-garde. Nous allons ici présenter un cas issu de son ouvrage “Gouverner les Communs” et son mode d’organisation, avant de discuter les règles définies par Ostrom pour la gestion durable d’un commun.
Au Sri Lanka, au début des années 1980, un projet financé par le comité de développement rural de Cornell et une ONG, l’Agrarian Research Training Institute, intervient dans une zone sur la rive gauche de la rivière Gal Oya. Le système d’irrigation commun dont dépendent les agriculteurs est défaillant, ses canaux sont endommagés, obstrués par des sédiments et sont à l’origine de conflits violents entre agriculteurs de différentes communautés ethniques pour l’accès à l’eau. Des organisateurs institutionnels sont déployés pour inciter les agriculteurs à résoudre eux-mêmes leurs problèmes, en constituant d’abord de petites équipes locales, appelées « organisations de canaux de champs », regroupant environ 12 à 15 agriculteurs partageant un même canal. Ces groupes se structurèrent progressivement en réseaux plus larges. Chaque organisation locale élit un délégué pour rejoindre des assemblées de niveau supérieur, appelées « organisations de canaux distributeurs » (rassemblant 100 à 300 agriculteurs), puis des conseils de zone, et enfin une commission de projet. Ce système à plusieurs niveaux permet encore aujourd’hui de résoudre les problèmes techniques de l’irrigation, de réduire les tensions ethniques en encourageant la coopération entre agriculteurs de différentes communautés et de contrôler démocratiquement les règles d’utilisation de cette ressource.
Les 8 règles de gestion des communs durables
Des limites claires :
- La gestion d’un commun nécessite une définition claire de ses limites physiques et sociales. Certains communs peuvent être limités aux individus participant à son entretien, d’autres peuvent être limités aux habitantEs d’une localité et certains peuvent s’ouvrir à tous sans limites (ex : communs numériques).
Des règles équitables et adaptées aux réalités locales :
- Les règles de distribution du commun doivent être justes, équitables et cohérentes avec les efforts de participation individuels. Ces règles doivent aussi être adaptées aux réalités locales (écologiques et sociales).
Une décision collective des règles d’usage :
- Les personnes concernées par les règles de fonctionnement d’un commun (producteurs et utilisateurs) doivent pouvoir participer activement à leur élaboration et modification.
Une surveillance de l’état du commun et des usages :
- Les usagerEs doivent connaître l’état du commun et des usages de celui-ci et être en capacité de faire remonter toute information pertinente aux organes de gestion. Cela inclut une surveillance de potentiels abus du commun.
Des sanctions graduées :
- En cas de non-respect des règles, des sanctions graduelles doivent être appliquées. Les premières infractions doivent donner lieu à une sanction faible, et augmenter avec la récidive. Les punitions trop dures sont contre-productives pour les communs.
Des mécanismes de résolution des conflits :
- Des dispositifs locaux, rapides et peu coûteux doivent être disponibles pour résoudre les différends entre usagers. Ces procédures doivent préexister pour être déployées efficacement.
Une non-interférence de l’État :
- Les usagerEs doivent pouvoir créer et gérer leurs propres institutions sans que leurs droits ne soient remis en cause par des autorités extérieures, notamment les institutions d’État. Il est donc crucial que les usagerEs d’un commun ne se rendent pas dépendants de l’État en s’hybridant avec lui.
Une organisation imbriquée sur plusieurs niveaux :
- Pour les communs de grande échelle, les activités de gestion – appropriation, contribution, surveillance, sanctions et résolution des conflits – doivent être organisées en plusieurs niveaux sur un modèle confédéral pour assurer une coordination efficace de la gestion.
Si les Communes ont été le dernier dénominateur commun de la gauche, les communs représentent peut-être une nouvelle convergence en devenir. Issu de nombreuses sources disparates, le commun revient comme revendication et outil théorique des intellectuels d’inspiration marxiste (Christian Laval et Pierre Dardot), des activistes écologistes, des peuples autochtones, des confédérations paysannes et des partisans libertaires de l’autogestion. Le commun est aussi adopté largement par le mouvement communaliste, l’exemple contemporain le plus marquant étant peut-être le mouvement municipaliste espagnol issu de “Barcelona en Comú” (Barcelone en commun).
La Seconde Commune : une Commune des Communs
Inspiré par les mouvements historiques de constitutions des communes et des communs, PEPS propose comme horizon politique la Seconde Commune. Plutôt qu’une énième répétition de la République bourgeoise, nous nous proposons de construire une société réellement démocratique et écologique, anticapitaliste et libertaire. Ce projet est une direction, une utopie concrète dont nous dressons ici l’ébauche, visant à servir d’inspiration pour nos luttes.
La Seconde Commune serait organisée localement par des formes politiques et économiques compatibles avec les réalités sociales et écologiques (Communes et Communs), et confédérée au niveau global par un ensemble de réseaux respectueux des logiques écosystémiques et culturelles (Confédéralisme Démocratique).
Pour espérer constituer une telle société, et éviter l’anéantissement total des vivants et de la diversité culturelle dans le déluge grotesque de l’exploitation et de l’accumulation, il est cependant nécessaire d’appliquer une stratégie politique de préfiguration.
C’est en ce sens que PEPS se propose de faciliter la création de communs (réseau de sécurité sociale de l’alimentation par exemple) et de communes (assemblées citoyennes par exemple), de soutenir les communes et les communs existants, d’aider à leur développement et de participer à leur coopération au sein d’un réseau confédéral.
C’est dans cet objectif que nous organisons ce mercredi 26 mars la table ronde “La Commune des Communs” aux côtés de Extinction Rebellion Carnage Total et des Féministes Révolutionnaires. Nous donnerons la parole à des militants issus de différents communs préfigurant un monde meilleur, pour apprendre de leurs pratiques et tenter de répondre à la question “Comment se réapproprier nos besoins essentiels en les sortant de l’économie capitaliste fossile ?”.
La Commune des Communs, table ronde:
La Maison du Peuple Nantes, Commun du logement : Lieu de vie autogéré né des Gilets Jaunes articulant accueil inconditionnel pour les personnes vulnérables et lieu d’organisation où associations et individus collaborent librement.
La Source, Dunkerque, Commun de l’alimentation : Épicerie associative, participative et autogérée issue des Gilets Jaunes, proposant des produits bio locaux à prix justes pour tous, ainsi que des ateliers de partage des savoirs.
Énergie de Nantes, Commun de l’énergie : Seul fournisseur associatif et local d’électricité renouvelable œuvrant pour la décroissance et l’équité énergétique par la gestion en commun de nos infrastructures.
Radio Cause Commune, Commun de l’information : Radio associative et citoyenne produisant sous logiciel libre des émissions autour des communs (environnement, savoir, culture) et de l’actualité politique, en interaction avec ses auditeurices.
Isolées et divisées, ces initiatives résistent difficilement à l’État et au marché. Librement unis, dans le respect de leur diversité et de leur autonomie, les Communes et les Communs peuvent opposer aux institutions hiérarchiques et centralisées un rapport de force révolutionnaire.
Un autre monde est possible, un monde dans lequel de nombreux mondes cohabitent, alors préfigurons cette cosmo-politique de la Commune des Communs ! Ni déni, ni désespoir !
Axel Molina, co-animateur PEPS Jeunes.
Pour aller plus loin, quelques ouvrages:
James C. Scott : L’Œil de l’État
Elinor Ostrom : Gouverner les Communs
Charles Stépanoff : Attachements, Enquête sur nos liens au-delà de l’humain
Janet Biehl et Murray Bookchin : Le municipalisme libertaire : la politique de l’écologie sociale