
Pendant qu’en France le débat politique tourne autour du jugement de Marine Le Pen qui voit au centre, à droite, comme parfois à gauche, les uns et les autres s’acharner à défendre la cheffe néofasciste, encourageant la lutte contre les juges et la justice, le business continue de plus belle, dans le but de démanteler l’Etat et de mener la guerre sociale contre les pauvres.
Une guerre hybride
Les puissants n’aiment pas les contraintes quand elles vont à l’encontre de leurs intérêts financiers et économiques. A ce jeu-là, les États-Unis d’Amérique ont beaucoup de cartes en main. Dernier exemple en date, qui prêterait presque à sourire, la lettre envoyée par les ambassades américaines aux entreprises européennes les enjoignant à « renoncer à toute forme de promotion de la diversité si elles veulent continuer à travailler avec l’État fédéral ». Tous les moyens, militaires, scientifiques, diplomatiques, médiatiques sont donc bons pour déstabiliser les concurrents privés ou les États rivaux dans la guerre économique mondiale. Le droit extra-territorial a déjà fait ses preuves par le passé quand une entreprise ne respectait pas un embargo déclaré sur tel ou tel pays de « l’axe du mal », mais le mouvement s’accélère depuis la crise financière de 2008. L’ingérence de Musk dans la campagne de l’AfD pendant les législatives allemandes, les nouveaux tarifs douaniers qui bouleversent l‘industrie automobile mondiale et ses centaines de milliers de travailleurs ou encore la contractualisation de l’exploitation des terres rares en Ukraine, sous prétexte de remboursement de l’aide américaine depuis le début de la guerre, ne sont que quelques exemples récents d’une géopolitique brutale du business. L’ordre économique d’après la seconde guerre mondiale a disparu et chaque puissance s’organise individuellement ou par des coalitions pour s’armer dans cette lutte.
Le DOGE à la française
En France, deuxième exportateur d’armes au monde, les budgets militaires sont l’alibi parfait pour justifier la casse sociale. Le projet de loi « simplification » autorise le gouvernement à octroyer aux projets de construction de très gros data centers un label « projet d’intérêt national majeur » issu de la loi de 2023 sur l’industrie verte. Grâce à ce label, État et industriels de la tech pourront imposer les data centers aux communes, pour tenter de rester dans la course à l’IA . Parallèlement des élus proposent un assouplissement de la loi ZAN car il va bien sûr falloir des hectares pour bétonner.
Autre fleuron national, l’agriculture est choyée par une proposition de loi du sénat « visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » par la facilitation de l’usage des produits phytosanitaires, le développement d’une agriculture numérique et la possibilité pour le ministre de suspendre certaines décisions de l’Anses. Pendant ce temps des semenciers annoncent la commercialisation prochaine de nouvelles variétés génétiquement modifiées plus productives (NGT) arguant que les semences sont de « véritables armes diplomatiques » qui ne servent pas uniquement à nourrir mais qui s’inscrivent aussi dans une logique de pouvoir et d’influence.
Résister et proposer des alternatives
Comment freiner cette alliance mortifère des politiciens qui légifèrent pour supprimer les quelques organismes ou commissions de recherche et de contrôle, et des lobbystes qui assimilent la société avec les entreprises. Ils ne cherchent plus uniquement à instiller le doute ou à plus ou moins repeindre en vert leurs objectifs, mais à l’image de Trump et sa clique, cassent le thermomètre en supprimant les financements et mêmes les bases de connaissances.
Certainement pas par des objectifs de développement durables, pleins de bonnes intentions et promus par des institutions déliquescentes. La solution passera par la lutte, l’entraide et des propositions politiques démocratiques pour le respect des limites planétaires et l’abandon d’une vision utilitariste de la nature qui alimente l’appât du gain court-termiste et la concurrence.
Partout dans le monde, des poches de résistances s’organisent contre les empires. Bolloré et ses médias, Musk et ses Tesla, le collectif STopMicro a organisé un colloque et une manifestation à Grenoble fin mars pour dénoncer l’accaparement et la pollution de l’eau par l’industrie des semi-conducteurs, et son implication dans la numérisation du monde et sa destruction par l’extractivisme qu’elle induit.
A l’occasion de la journée mondiale de la santé, PEPS et de nombreuses autres organisations écologistes (Extinction rébellion, Scientifiques en rébellion, Agir pour l’Environnement, Secrets Toxiques, SUD Solidaires-Recherche, ActionAid pour des peuples solidaires, Citoyens pour le climat, Nous Toutes-Paris/Sud, etc.) manifesteront le 5 avril avec amour et rage dans le cadre d’une grande marche vivante pour un printemps bruyant.
L’objectif est de dénoncer les impacts catastrophiques et généralisés des pesticides sur la santé humaine et sur l’effondrement de la biodiversité, qui nous précipitent dans la 6ème extinction. N’oublions pas que pour que les hirondelles reviennent en masse enchanter nos printemps il faut préserver les insectes.
Avec PEPS, nous défendons plusieurs orientations :
- Pour une Sécurité sociale de l’Alimentation et une politique fondée sur les besoins et la démocratie écologique.
- Extension de la Sécurité sociale à une Alimentation durable, pour que les producteurs et les consommateurs ne dépendent plus de la grande distribution et des aléas de la spéculation boursières sur ce que l’on mange. Tout le monde doit pouvoir manger à sa faim et vivre dignement de son travail pour nourrir les autres. Cette campagne se basera sur le concept de démocratie alimentaire.
- Pour une politique agro-écologique : Défense et promotion de l’agriculture paysanne et de l’agro-écologie, de leurs territoires et de leurs produits (soutien aux filières de productions locales, aux circuits courts, Amap, etc.), ; Pour une agro-écologie décarbonée, sans pesticides ni OGM
- Contre le brevetage du vivant, libéralisation et réappropriation des semences paysannes.
La réponse à l’internationale néofasciste, au productivisme et au capitalisme mondialisé, c’est sur ce terrain-là , dans l’intersectionnalité des luttes paysannes, ouvrières, écoféministes, antiracistes, et écologistes qu’elle doit se tenir. Les écologistes de libération et les communalistes seront au rendez-vous.