L’Edito de PEPS : 17 octobre 1961, une histoire d’aujourd’hui

Le massacre du 17 octobre

Le 17 octobre nous commémorons le 60ème anniversaire du massacre des algériens par la police française, lors d’une manifestation d’Algériens organisée à Paris par la Fédération de France du FLN. La manifestation est un boycott du couvre-feu nouvellement appliqué aux seuls Maghrébins. L’initiative, non déclarée aux autorités, se veut pacifique. Le FLN, qui y voit un moyen d’affirmer sa représentativité, y appelle tous les Algériens, hommes, femmes et enfants, et leur interdit le port d’armes. Les policiers font feu et noient dans la Seine les Algériens réprimés. La brutalité de la répression, qui se poursuit au-delà de la nuit du 17 dans l’enceinte des centres d’internement, fait plusieurs centaines de blessés et plus de 200 morts.

Maurice Papon, le préfet de l’époque qui avait déjà organisé la déportation des juifs de Bordeaux dans les camps d’extermination, a organisé la guerre contre la fédération de France du FLN et les immigrés algériens qui la soutenaient très majoritairement. Il l’a fait avec le soutien du ministre de l’Intérieur Roger Frey et du Premier Ministre Michel Debré, hostiles à l’accord avec le FLN envisagé par De Gaulle. Il a adressé le 5 septembre une directive demandant de « reprendre fermement l’offensive dans tous les secteurs » contre la fédération de France du FLN, en raflant les Algériens « indésirables » et en organisant des expulsions massives vers l’Algérie.

Il a fait revenir dans Paris la Force de police auxiliaire composé de harkis d’où elles pouvaient faire des expéditions meurtrières dans les communes de banlieue environnantes. Une brigade spéciale a multiplié les raids de nuit dans les bidonvilles, démolissant des maisons et jetant des familles à la rue. D’autres équipes para-policières, sortes d’« escadrons de la mort », ont mitraillé des cafés et des hôtels fréquentés par des Algériens, la préfecture de police attribuant cela à des attentats du FLN.

Suite à un conseil interministériel, réuni par le premier ministre le 5 octobre, la préfecture a envoyé un ordre du jour à tous ses services instaurant un « couvre-feu » et une « interdiction » de circuler après 20h pour les « Français musulmans algériens ». Et quand les Algériens, hommes, femmes et adolescents, par dizaines de milliers, sont néanmoins sortis simplement, désarmés dans les rues de Paris, le 17 octobre, ils ont été réprimés avec une violence inouïe.

Un silence de 20 ans

Ce massacre a été occulté durant 20 ans y compris à gauche. La tuerie de Charonne du 8 février 1962 lors d’une manifestation du PCF et de la CGT qui vit 9 militant-e-s syndicalistes et communistes assassiné-e-s au métro Charonne fut longtemps la seule référence de la mémoire collective. Ce silence fut brisé par la seconde génération de l’immigration maghrébine, née en France, celle qui se soulevait déjà contre les violences policières de l’époque et contre les discriminations et qui organisa la Marche pour l’égalité en 1983. Un militant français, Jean Luc Einaudi contribua à cette prise de conscience en publiant un livre recensant les témoignages prouvant l’ampleur du massacre.

Racisme d’Etat, une histoire d’aujourd’hui

Au moment où Éric Zemmour distille sa haine 24 heures sur 24 contre les immigrés, les arabes, les noirs et les musulmans, la célébration de ce massacre est importante. Il nous rappelle que, contrairement à ce que la classe politique veut nous faire croire, l’existence d’un racisme institutionnel, en particulier contre les arabes et les musulmans, organisé au plus haut niveau de l’État est une constante. Des dispositifs d’État comme les camps de rétention, les Brigades anti-criminalités ou l’État d’urgence ont été utilisés contre les Algériens de 1954 à 1962 et sont aujourd’hui utilisés contre les descendants des colonisés.

Le colonialisme et le racisme sont indissolublement liés. En Algérie la population pieds noirs était classée FSE (Français de Souche européenne) et disposait de privilèges envers les FNSA (Français de Souche Nord -Africaines) qu’il fallait « civiliser ». 60 ans après, le discours raciste, xénophobe et islamophobe sur l’identité nationale repose sur les mêmes fondements

L’engagement décolonial, une priorité

Pour les écologistes sociaux que nous sommes, le 17 octobre 1961 nous rappelle que l’engagement décolonial est important pour déconstruire l’Histoire officielle, qui efface de la mémoire collective les crimes de la France coloniale et rend invisibles les victimes de ces crimes. Il l’est aussi pour que la vérité et la justice soient faites sur les crimes coloniaux et post coloniaux, condition d’une mémoire partagée. Car le 17 octobre 1961, ce ne fut pas un service de maintien de l’ordre qui fut mis en œuvre, mais une véritable chasse à l’homme fondée sur des critères raciaux.

Or l’impunité sur les violences policières d’alors est la même que celle sur les violences policières d’aujourd’hui et notamment dans les quartiers populaires où tuer un Arabe ou un Noir n’implique pas de condamnation pour les assassins. Il l’est enfin parce que dans les quartiers populaires sans reconnaissance de ces crimes d’état, il n’y aura pas de convergences des luttes possibles entre les quartiers populaires des métropoles et le reste du pays, condition indispensable de la construction du front populaire écologiste.

Nous n’oublions pas non plus que la mémoire du 17 octobre est liée à la lutte pour l’indépendance du peuple algérien, à sa révolte contre la domination coloniale et l’oppression. Depuis 2019 le peuple algérien a entamé sa seconde révolution contre le néocolonialisme et la junte militaire formée par la France qui l’opprime depuis 1965.  Nous sommes solidaires du Hirak, ce soulèvement qui, à l’égal des Gilets Jaunes, exige le droit au respect, le droit à la dignité et le droit à décider.

PEPS – Pour une Écologie Populaire et Sociale – appelle à toutes les manifestations qui se dérouleront autour du 17 octobre, et en particulier à celle de Paris qui à 15 H s’élancera du cinéma Rex aux quais de Seine où furent noyés les Algériens.

PEPS, le 13 octobre 2021

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