Loi Duplomb 2 : criminaliser l’écologie pour épuiser les corps, les voix et les solidarités
La volonté d’imposer une nouvelle loi Duplomb, pour la deuxième fois, ne relève pas d’un simple acharnement législatif. Elle s’inscrit dans un climat politique délétère, où l’écolo-bashing devient un outil central de gouvernement, relayé et amplifié par la droite et en particulier le Rassemblement national. Dans cette narration, l’écologie n’est plus seulement une contrainte : elle est présentée comme une menace , voire comme une forme de terrorisme intérieur.
Les discours de la droite et du RN assimilent de plus en plus les actions écologistes – y compris non violentes – à des actes de sabotage ou de radicalité dangereuse. Cette criminalisation sert un objectif idéologique clair : délégitimer toute contestation écologique en la faisant passer pour une attaque contre « ceux qui travaillent ».
Les petits patrons, les artisans, les commerçants et surtout les agriculteurs et agricultrices sont directement visés par cette rhétorique. On leur répète qu’il faudrait « arrêter de les embêter avec tout ça », que les normes environnementales seraient une persécution contre les conditions même de leurs activités, que la liberté de travailler serait finalement entravée par des écologistes complètement déconnectéEs du réel de leur vie.
Cette opposition est mensongère et profondément injuste. L’écologie sociale rappelle que ce sont surtout les corps les plus vulnérables qui sont touchés : femmes enceintes, enfants, ainsi que les travailleurs agricoles, les familles rurales.
Les pesticides, que la loi Duplomb vise à réintroduire, sont aujourd’hui reconnus pour leurs effets graves sur la santé humaine : cancers, maladies neurodégénératives, troubles hormonaux, infertilité. Les impacts sur les générations futures sont désormais établis : exposition des fœtus, perturbations du développement des enfants à naître, maladies chroniques précoces. La loi Duplomb choisit d’ignorer la responsabilité collective vis-à-vis des conséquences qu’elle causera. Ce ne sont pas des abstractions idéologiques mais des réalités vécues dans la vie ordinaire.
A cela s’ajoutent les ravages écologiques massifs : destruction de la biodiversité, disparition des pollinisateurs, sols stérilisés, rivières et nappes phréatiques durablement contaminées. Ces dégâts compromettent l’agriculture elle-même, en fragilisant les écosystèmes dont elle dépend. Défendre les pesticides, c’est défendre un modèle qui sacrifie à la fois la nature, la santé et l’avenir des agriculteurs et agricultrices.
Face à cette offensive, la réponse citoyenne a pourtant franchi un cap historique. Plus de deux millions de personnes ont signé une pétition sur le site de l’Assemblée nationale, au cœur de l’été quand les vacances sont déjà là, contre la première version de la loi Duplomb. Cette mobilisation spontanée n’était pas le fait d’un cercle militant restreint : elle a traversé les classes sociales, les territoires, les générations. Contrairement à d‘autres dossiers comme le Mercosur, qui mobilisent principalement les milieux militants et associatifs, la loi Duplomb a fait bouger l’ancrage populaire : riverainEs, parents inquiets, soignantEs, agriculteurs et agricultrices, habitantEs du rural et du péri-urbain, citoyenNes peu ou pas politiséEs.
C’est précisément ce qui dérange. L’insistance à présenter de nouveau une loi Duplomb2, sans tenir compte de cette opposition massive, révèle une stratégie politique assumée : user la contestation, normaliser l’épuisement des corps, de la terre et des solidarités et à terme mettre à genoux la résistance civile. En répétant les mêmes réformes, en durcissant les discours, en criminalisant l’écologie, le pouvoir espère décourager, diviser et normaliser le recul environnemental.
Mais cette stratégie est dangereuse. Elle alimente la défiance démocratique, banalise les atteintes à la santé publique et prépare le terrain à une société où protéger le vivant devient suspect. L’écologie sociale refuse cette résignation. Au contraire, nous affirmons que la liberté de travailler ne peut pas se faire au prix de la maladie, que l’avenir des enfants vaut plus que les profits immédiats, et que la mobilisation populaire n’est pas un problème à écraser, mais une voix à écouter.
La loi Duplomb 2 n’est pas seulement une mauvaise loi. Elle est un test démocratique. Et face à la fatigue organisée, la réponse reste la même : continuer à s’organiser, à prendre soin et à résister collectivement.
Nous appelons donc après les mobilisations d’ampleur le samedi 7 février et le dimanche 8 février partout en France, à manifester le mercredi 11 février à Paris près de l’Assemblée nationale.
Bis repetita, signons la pétition contre la Loi Duplomb 2 : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5103

