A69 : l’autoroute contre son temps

A69 : l’autoroute contre son temps

Il y a des projets qui avancent parce qu’ils sont utiles. Et d’autres qui avancent parce que personne, surtout pas l’État, n’a prévu la marche arrière. L’A69 appartient à la seconde catégorie.

Mois après mois, jugement après jugement, elle s’est imposée comme une chronique de l’acharnement public, un feuilleton où le droit sert moins à arbitrer qu’à accompagner ce qui est déjà décidé. Il faut désormais le dire sans détour : l’A69 n’est plus un projet d’aménagement, c’est une démonstration de force. Une autoroute imposée, maintenue, relancée, non parce qu’elle est indispensable, mais parce que renoncer serait reconnaître une erreur.

Or l’État français ne renonce pas ; il persévère, surtout quand il a tort. Et avec lui, l’ensemble des partisans de ce projet s’enferre dans cet entêtement.

Du coup d’arrêt juridique à la relance judiciaire

En février 2025, le tribunal administratif de Toulouse prononce un coup d’arrêt spectaculaire : l’autorisation environnementale de l’A69 est annulée. Les juges regardent la réalité en face : une autoroute parallèle à une route existante, destructrice de terres agricoles et d’écosystèmes, ne constitue pas une nécessité vitale. Ils estiment que le projet ne répond pas à la Â«Â raison impérative d’intérêt public majeur », condition pourtant indispensable pour autoriser la destruction d’espèces protégées.

Le chantier s’arrête. Ce jugement fait date. Il rappelle que le droit de l’environnement n’est pas un simple habillage procédural, mais un garde-fou réel. Pour les opposants engagés depuis 2007 ou plus récemment, c’est la confirmation que ces années de contestation n’étaient ni idéologiques ni marginales, mais solidement étayées.

Cette suspension ouvre une brèche politique. Des voix évoquent depuis longtemps d’autres solutions : amélioration de la RN126, réinvestissement ferroviaire, mobilité adaptée aux territoires plutôt qu’imposée. Nous en rappelons la portée plus large : il ne s’agit pas seulement d’une autoroute, mais d’un modèle d’aménagement à bout de souffle, fondé sur l’artificialisation des sols, la concession privée et la promesse incantatoire du Â«Â désenclavement ».

Le pouvoir encaisse mal. La cour administrative d’appel accorde un sursis à exécution autorisant la reprise du chantier. Officiellement, technique et provisoire ; en réalité éminemment politique. Il ne s’agit plus seulement de construire une autoroute, mais de montrer que le pouvoir ne plie pas.

Les engins reviennent. Les nuisances aussi. Très vite, les irrégularités s’accumulent : emprises dépassées, zones mal balisées, engagements environnementaux interprétés avec souplesse. Le 12 janvier 2026, une nouvelle décision judiciaire rappelle que l’autorisation n’est pas un blanc-seing : occupations hors emprise, règles contournées, évacuations ordonnées. Le projet est légal sur le papier, bancal sur le terrain.

Corriger le droit plutôt que corriger le projet

Face à un jugement qui dérange, certains élus n’imaginent pas de corriger le projet. Ils préfèrent corriger le droit. L’idée d’une loi de validation rétroactive apparaît dans le débat public pour neutraliser les fondements de la décision de février 2025. Autrement dit : changer les règles après la partie.

Quand la justice devient un obstacle, on cherche à la contourner. Peu importe le précédent démocratique. Rien, pas même une décision de justice, ne devrait entraver un projet politiquement sanctuarisé.

Le 30 décembre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse réhabilite l’A69. La Â«Â raison impérative d’intérêt public majeur » réapparaît, élargie, assouplie. Désenclavement, attractivité, sécurité : les mots sont connus. Peu importe que la route existe déjà. Peu importe les alternatives insuffisamment étudiées. L’autoroute redevient nécessaire parce qu’il faut qu’elle le soit.

Un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État est engagé. D’autres recours sont en préparation. Les rebondissements judiciaires ne changent rien à l’essentiel : ce projet reste emblématique d’un modèle dépassé.

Un symbole d’un autre temps

L’A69 n’est pas seulement contestée. Elle est fragile : juridiquement, politiquement, moralement. Elle progresse par inertie, par accumulation de faits accomplis.

Si l’autoroute est achevée, elle ne reliera pas seulement Toulouse à Castres. Elle reliera un pouvoir à son passé. Elle restera le monument d’un refus : celui d’entrer réellement dans le temps présent.

Car cette affaire illustre une fracture profonde entre la logique des grands projets d’infrastructures et les aspirations écologiques et sociales montantes. La véritable alternative ne réside pas seulement dans l’abandon du projet, mais dans l’élaboration de modèles territoriaux alternatifs :

·         mobilité multimodale adaptée aux besoins quotidiens,

·         revitalisation des lignes ferroviaires régionales,

·         réaménagement sécurisé de la RN126 existante,

·         protection des terres agricoles et naturelles,

·         investissements dans les mobilités du quotidien,

·         soutien à une économie locale non délocalisable.

Ce sont ces choix qui créent de l’emploi durable, renforcent l’attractivité et respectent les habitants.

Les exigences de PEPS

Face à cette fuite en avant,PEPS 81 refuse que l’avenir du territoire soit confisqué par une logique d’entêtement et par des intérêts privés abrités derrière l’argument du Â«Â désenclavement »

·         à un moratoire immédiat sur le projet de l’A69 ;

·         à une remise à plat complète du dossier ;

·         à l’organisation d’un véritable débat public sur les alternatives ;

·         au respect strict des décisions de justice et des règles environnementales ;

·         à une réorientation des financements vers des infrastructures écologiquement soutenables et socialement utiles.

A la justice à faire son travail en droit et non pas selon des considérations politiques, – dont le jugement du 30 décembre est un bon exemple – . À la politique de faire le sien : choisir l’intérêt général, le long terme et le respect du vivant plutôt que l’entêtement.

Parce que l’avenir du territoire ne se construira ni contre la justice, ni contre l’écologie, ni contre ses habitants.

Les rebondissements judiciaires ne doivent pas masquer l’essentiel : ce n’est pas seulement une autoroute que nous contestons : c’est une vision du monde où l’on bétonne d’abord et où l’on débat ensuite. Une vision où l’intérêt général est invoqué pour masquer l’absence de remise en cause.

Nous rejetons fermement l’idée que quelques intérêts privés puissent décider de l’avenir de nos territoires et de nos vies.

PEPS appelle l’ensemble des forces progressistes, écologistes, sociales et populaires à se rassembler pour imposer une rupture écologique, démocratique et solidaire.

Oui, une autre voie est possible.  Elle est nécessaire ! Elle ne naîtra pas de l’obstination.

Elle naîtra du courage politique et de la mobilisation citoyenne.

Et elle commence maintenant.

PEPS 81