Çà suffit de s’acharner sur Ritchy Thibault

Çà suffit de s’acharner sur Ritchy Thibault (Pour le soutenir une cagnotte de solidarité « Soutenir Ritchy face à ses procès » est ouverte)
Ce mardi 8 septembre, Ritchy Thibault sera de nouveau devant la justice.
À la veille de ce procès, nous voulons rappeler qui il est, ce qu’il porte et pourquoi ce qui lui
arrive nous concerne collectivement.

Ritchy Thibault est l’un de nos porte-parole. Il porte une parole que nous construisons
ensemble.
Notre collectif s’inscrit dans l’écologie politique. Nous défendons la justice sociale et
environnementale, les libertés publiques, l’égalité des droits et la lutte contre toutes les formes
de discrimination. L’engagement de Ritchy Thibault pour les Voyageurs s’inscrit dans ce projet
politique plus large. Il se nourrit aussi d’une histoire qui est la sienne, celle d’une population trop
longtemps assignée au silence et à la marge.
Roms, Sintés, Manouches, Gitans, Kalés, Yéniches, Voyageurs : derrière la diversité des
histoires, des cultures et des identités, il y a des populations qui ont subi durant des siècles le
rejet, la relégation et les discriminations.


Il y a aussi une histoire que notre pays a mis trop longtemps à regarder en face.
Sous le nazisme et ses alliés, les Roms et les Sintés ont été persécutés et exterminés. En
France, des milliers de personnes désignées alors comme « nomades », parmi lesquelles de
nombreux enfants, ont été enfermées dans des camps. Pour certainEs, cet internement s’est
poursuivi jusqu’en 1946. Il aura fallu attendre 2016 pour que la République reconnaisse
officiellement sa responsabilité dans cet internement. Cette histoire n’est pas seulement une
mémoire à commémorer. Elle nous oblige à regarder ce qui, aujourd’hui encore, se transmet de
génération en génération : les préjugés, les discriminations, la suspicion, les difficultés d’accès
aux droits et la relégation.


Ritchy Thibault a choisi de ne pas subir cet héritage.
Il travaille pour que cette histoire soit connue et reconnue, mais surtout pour que les
discriminations du passé cessent de produire leurs effets dans le présent. Et il inscrit ce combat
dans quelque chose de plus vaste : une écologie politique qui ne peut être dissociée de la
justice sociale, de la dignité et de l’égalité des droits.

Ritchy Thibault appartient à cette génération qui construit son engagement politique dans
l’action.
Il prend aujourd’hui sa part dans une responsabilité éminemment politique : porter publiquement
une parole construite collectivement. Cette responsabilité ne s’acquiert pas dans les écoles du
pouvoir ni dans les appareils politiques. Elle se construit dans les luttes, dans le débat, dans la
confrontation aux institutions, dans l’expérience du collectif et dans la capacité à faire entendre
une parole que l’espace public laisse trop souvent à ses marges.
C’est aussi cela que représente Ritchy Thibault : l’émergence d’une parole politique qui ne vient
pas des lieux où l’on a l’habitude de fabriquer les porte-parole. Une parole issue de l’expérience
vécue, qui rencontre d’autres combats, se politise, se construit collectivement et revendique
désormais sa place dans le débat public.

Sa jeunesse n’est ni une excuse ni une faiblesse : elle est le signe qu’une nouvelle génération
entre en politique sans attendre qu’on lui en donne l’autorisation.
Une génération qui s’organise, prend la parole et refuse que d’autres continuent indéfiniment à
parler à sa place.

Une génération qui connaît ce qu’ont subi celles et ceux qui l’ont précédée, mais qui refuse d’en
subir à son tour les conséquences.
Une génération qui refuse que les discriminations d’hier lui soient transmises comme un
héritage auquel il faudrait se résigner.
Elle ne demande pas qu’on oublie le passé : elle exige que ce passé cesse de déterminer son
avenir.

C’est pourquoi l’acharnement contre Ritchy Thibault dépasse aujourd’hui sa seule personne.
S’acharner sur lui, c’est aussi exercer une pression sur cette parole politique qui est en train de
prendre sa place. C’est envoyer un message à celles et ceux qui, jusque-là peu entendus ou
tenus à distance des lieux de pouvoir, décident de s’organiser, de prendre la parole et de
contester l’ordre des choses.

Ritchy Thibault est l’un de nos porte-parole. Il ne parle pas à notre place : il porte une parole
que nous construisons ensemble. Et lorsqu’il est exposé parce qu’il assume publiquement cette
responsabilité, nous sommes collectivement concernés.
C’est à partir de là que nous regardons son procès de ce mardi 8 septembre et la succession
des procédures dont il fait l’objet.

Nous ne demandons pas que Ritchy Thibault soit soustrait à la justice. Nous demandons
exactement l’inverse : que la justice soit pleinement la justice, avec toutes les garanties de l’État
de droit, sans intimidation, sans discrimination et sans instrumentalisation.
Car lorsque les interpellations et les procédures se succèdent contre un militant, leur
accumulation finit elle-même par poser une question politique : à partir de quand leur répétition
produit-elle un effet d’épuisement, d’intimidation et d’entrave à l’action militante ?

Cette question n’est ni excessive ni théorique.
Cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies l’ont récemment posée à la France à propos de la
multiplication des procédures visant l’eurodéputée Rima Hassan. Ils ont exprimé leurs « vives
préoccupations » et leur crainte que ces mesures puissent constituer une forme de «
harcèlement politique et judiciaire ».
Les situations de Rima Hassan et de Ritchy Thibault ne sont évidemment pas les mêmes. Mais
le principe démocratique qui doit nous alerter est le même : l’accumulation des procédures ne
peut devenir un moyen d’épuiser, d’intimider ou de dissuader celles et ceux qui portent dans
l’espace public une parole politique qui dérange.

Et dans le cas de Ritchy Thibault, une autre question exige aujourd’hui des réponses.
Dimanche, à deux jours de son procès, Ritchy Thibault a été interpellé. Il fait état de violences
importantes subies au cours de cette interpellation.
Nous demandons que toute la lumière soit faite sur ces violences et sur les conditions de cette
interpellation.
Parce que la force publique est elle aussi soumise au droit. Parce qu’aucune interpellation ne
saurait justifier des violences illégitimes. Et parce que les circonstances dans lesquelles un
militant est interpellé à quarante-huit heures de son procès ne peuvent être traitées comme un
détail.

Ce mardi 8 septembre, Ritchy Thibault sera devant la justice.

Mais nous refusons de regarder ce procès comme la seule affaire individuelle d’un homme.
Nous y voyons une question politique.
Quelle place notre démocratie laisse-t-elle réellement aux paroles qui émergent hors des cadres
établis ?
Quelle place laisse-t-elle à celles et ceux qui refusent l’assignation, la relégation et le silence ?
Quelle place laisse-t-elle à une génération qui refuse de continuer à payer le prix des
discriminations subies par celles qui l’ont précédée ?
Nous sommes aux côtés de Ritchy Thibault parce qu’il est notre camarade.
Nous sommes à ses côtés parce qu’il est l’un de nos porte-parole.
Nous sommes à ses côtés parce que les droits que nous défendons pour lui sont ceux que nous
défendons pour toutes et tous.

Mardi, Ritchy Thibault sera devant la justice.
Mais Ritchy Thibault ne sera pas seul.

Parce que derrière sa voix, il y a une parole collective.
Parce que derrière son histoire, il y a une génération qui refuse de subir.
Et parce que s’acharner sur cette parole ne la fera pas taire.