
Cette nuit, le gouvernement a promulgué la retraite à 64 ans au Journal Officiel, sans même attendre les débats du 8 juin au parlement, et malgré une opposition historique dans la rue comme dans les institutions. Cette contre-réforme est symbolique du capitalisme sauvage qui vise à nous faire travailler toujours plus, toujours plus vite, toujours plus longtemps dans des conditions de plus en plus dégradées, au détriment de notre santé et de la terre.
Stop à la destruction de nos corps et à la destruction de la planète
La contre-réforme des retraites n’est que la partie émergée de l’Iceberg : pour preuve, mercredi « France Travail » remplacera Pôle emploi pour instaurer le travail gratuit en échange du RSA. En Macronie, il s’agit de travailler plus, mais aussi de travailler plus mal : depuis la suppression des CHSCT, de nombreux critères de pénibilité ne sont plus reconnus, et les moyens de se défendre sont réduits. Dans certaines entreprises comme à Vertbaudet, des délégués syndicaux ont été attaqués physiquement.
Dans le même temps, la numérisation du travail accroît la pénibilité : les employé.es isolé.es sont nombreux, le flicage numérique- comme une immense pointeuse- met la pression. Le non-respect des heures de repos est redevenu la norme, les mails pros à 23 heures sont monnaie courante. L’auto promotion, l’auto évaluation et l’auto culpabilisation de l’employé.e entraînent une souffrance au travail exponentielle, qui touche aujourd’hui presque 40% des salarié.es. A la souffrance physique des métiers manuels s’ajoutent une souffrance psychique et un stress permanent qui nous touchent tous et détériorent gravement nos conditions de vie. Nous sommes entré.es dans l’ère du maltravail.
Le maltravail détruit nos corps, nos vies, mais aussi la terre. La production infinie des richesses entraîne une surexploitation des minéraux, des sols, des arbres : la production capitaliste industrialise et chosifie le vivant. Tout est ressource à exploiter jusqu’à la mort. Nous ne sommes pas des ressources humaines, nous sommes des êtres humains et nous nous révoltons contre l’exploitation de nos corps. La terre n’est pas une ressource morte à exploiter, c’est notre lieu de vie : si nous le détruisons, nous mourrons. C’est pourquoi, pour notre santé et pour la planète, nous revendiquons le droit à la paresse.
Accélérer, Non ! Ralentir, oui ! Appel général à la paresse
La Macronie n’a qu’un mot à la bouche : accélérer. Accélérer la croissance, la compétitivité, les réformes, les profits … STOP ! Stop à ce système toujours plus rapide où il faut être pro actif, connecté, disruptif, performant et flexible. Stop à ce système où les laissé.es pour compte ne se comptent plus, où les burn out et les morts au travail se multiplient.
Quel est l’intérêt de cette grande course à la croissance ? Sauver le capitalisme financier, produire trop pour des gens qui n’en ont pas besoin quand de plus en plus de familles n’ont pas de quoi se nourrir ? On nous dit que la croissance génère des emplois, mais de quels emplois parle-t-on ? De ces emplois qui nous exploitent et nous appauvrissent ? De ces emplois qui accélèrent notre propre destruction et celle de la nature ?
Les étudiants des grandes écoles qui bifurquent, les cadres qui changent de vie pour devenir permaculteur ou prof de yoga l’ont compris : quand il faut travailler la nuit et le dimanche pour rester dans la course, alors que l’eau manque et que l’air devient irrespirable, la loi du profit n’a aucun sens.
Nous aussi nous aimerions bifurquer, changer de vie. Mais tout le monde n’a pas les moyens de tout plaquer pour devenir coach en bien être. Nous, nous avons besoin d’un salaire pour survivre. Parfois même, nous travaillons pour Lafarge, Coca, Total, Amazon, Uber, dans des abattoirs ou des usines agroalimentaires. Nous connaissons de l’intérieur les atteintes sociales écologiques de ces entreprises.
Nous sommes aussi les premières victimes de la catastrophe écologique. Le maltravail, c’est comme le mal logement et la malbouffe. Si nous avions le choix, nous ne voudrions pas élever nos enfants dans des cages en béton qui font monter la température de l’air, ou les nourrir avec des légumes aux pesticides qui tuent les insectes et favorisent les cancers. C’est pareil avec le maltravail. Nous refusons que nos corps soient brisés, et que notre rythme de travail accélère la destruction de la nature. Comme nous n’avons pas les moyens de démissionner, nous revendiquons le droit au repos, à la flemme, à ne rien faire. Nous revendiquons de laisser nos corps et la terre se réparer à leur rythme.
En complément des actions de mobilisation syndicale et des oppositions politiques contre la destruction de nos vies par le Macronisme, nous, ouvrières et ouvriers, employé.es et précaires, militantes et militants de l’écologie populaire, nous appelons à multiplier les actions collectives et individuelles pour ralentir nos rythmes de travail.
Gouvernement et patrons sabotent nos emplois, nos corps, nos vies : sabotons-les !
Il ne s’agit pas nécessairement d’attaquer le travail, mais d’attaquer le maltravail. Nous avons souvent un lien affectif avec notre travail, le lieu, les collègues, les outils. Le travail fait partie de notre identité. Il y a souvent de la fierté à manier une machine compliquée ou à réaliser une tâche très spécialisée que peu d’entre nous – et en particulier les chefs – sont capables de réussir.
Si nous étions respecté.es dans notre emploi, et que celui-ci était utile à la collectivité au lieu d’enrichir les exploiteurs et de rendre la terre inhabitable, avec un temps de travail largement réduit et partagé entre tous, nous pourrions éprouver de la satisfaction à l’exercer. Mais face au mépris du gouvernement pour les revendications syndicales et l’opposition politique, le sabotage est un moyen de défense parmi d’autres.
Contre le gouvernement et les patrons qui sabotent nos emplois, nos corps, nos vies, sabotons le maltravail ! Les techniques qui ralentissent les cadences sans risquer notre salaire, ni casser une machine à laquelle nous sommes parfois attaché.es, cela existe depuis le début de la condition ouvrière.
Nous pouvons par exemple multiplier les arrêts maladies, et notamment les arrêts longue durée après 60 ans, oublier des réunions, débrancher le câble internet, oublier les clés du dépôt, retirer le toner de l’imprimante … Toutes les idées sont bienvenues, et contribuent à préserver notre santé et notre futur. Il est possible de les envoyer par courriel où elles seront compilées.
Employé.es et ouvrier.es, militantes et militants de l’écologie populaire, au nom du droit à la paresse, évoqué par Paul Lafargue au XIXe siècle, nous assumons et revendiquons la tradition ouvrière du sabotage comme technique de lutte sociale écologique contre le néolibéralisme autoritaire. Nous appelons tous ceux et toutes celles qui ont la possibilité de le faire à s’en saisir.
PEPS, le 5 juin 2023
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