Contre le carbofascisme, à bas tous les impérialismes ! Soutien total à la lutte du peuple venezuelien

Face au coup de Force de Trump au Vénézuela, l’écologie de libération doit-elle appeler à la libération de Nicolas Maduro ?

A Paris, deux rassemblements de soutien au Vénézuela se sont tenues récemment contre l’ingérence de l’administration Trump qui a fait enlever le président Maduro, sous prétexte de lutte contre le narcotrafic, pour rétablir l’extractivisme pétrolier des compagnies états-uniennes dans le pays le plus doté de pétrole au monde, et enfin pour contrer la main-mise économique et financière de la Chine sur un continent qu’elle considère être sa base arrière.

Le prétexte moral invoqué par l’administration Trump est la libération du peuple vénézuelien opprimé par un gouvernement autoritaire, au mépris du droit international et des fondements de la diplomatie mise en place après la deuxième guerre mondiale édictée par les Nations Unies en 1948.

Des lors, la gauche française se divise sur la position à tenir vis à vis de Nicolas Maduro. Il y a celles et ceux qui se réunissent au Trocadéro pour dénoncer l’ingérence des USA et appeler à la libération du président Maduro. Ils considèrent que la priorité est le respect du droit international, et que la dénonciation du régime maduriste est secondaire face à la bascule impérialiste dont le monde entier est témoin. Les autres, à Bastille, soutiennent le peuple vénézuelien face au coup de force de Trump et dénoncent en même temps le régime de Maduro.

Quelle doit être la position des tenants de l’écologie de libération face à cette situation ?

Pour Peps, l’enlèvement de Nicolas Maduro par l’administration Trump signe la bascule du capitalisme néolibéral vers le capitalisme de la finitude, et le déclin de la démocratie bourgeoise vers un carbofascisme sans limites.

Il est impossible de produire et de consommer à l’infini dans un monde fini. Face à ce constat sans appel, et devant la crise écologique majeure générée par un capitalocène détruisant le vivant et bouleversant les équilibres qui rendent la planète habitable, la solution la plus rapide et la plus brutale est l’accaparement de toutes les ressources disponibles. C’est le choix de Trump et ses alliés. C’est pourquoi nous considérons que la crise au Vénézuela est avant tout une crise écologique : elle marque la volonté d’un nouveau partage du monde entre les puissances impériales et coloniales déterminées à s’accaparer les moyens de perpétuer un mode de vie et de société dépassé. Le capitalisme n’est pas soutenable : pour le faire perdurer et en faire profiter une minorité de privilégiés, il faut donc abattre la démocratie, que ce soit à l’intérieur (on voit les façons de faire de la milice ICE), ou à l’extérieur (avec le Vénézuela, mais aussi le Groenland ou le Canada).

Cela veut dire aussi faire fi des règles du droit international : mais quelle est la légitimité de l’Union Européenne ou de la France aujourd’hui pour contrer Trump, après le génocide à Gaza, la double morale face à l Ukraine et à la Palestine ?

Quelle est la légitimité du gouvernement Macron pour se féliciter de la chute du régime de Maduro, quand on sait que la France a été épinglée par l’ONU pour sa gestion brutale des mouvements sociaux ces dix dernières années ?

Pour nous, militantes et militants de l’écologie de libération, c’est au peuple vénézuelien de déterminer lui-même la façon dont il veut s’administrer : nous dénonçons le coup de force des USA sur un continent qui a déjà subi plus de 40 fois son ingérence ces cinquante dernières années. Nous dénonçons les politiques impériales d’où qu‘elles viennent et sur tous les territoires.

Nous dénonçons le prétexte de la lutte contre le narcotrafic, une justification simple et commode. Alors qu’il est tout à fait possible de couper l’herbe sous le pied des cartels et de toutes les organisations criminelles avec une véritable politique de santé publique par la régulation du marché des drogues. L’Etat pourrait ainsi mieux concentrer ses efforts dans la lutte contre les circuits du blanchiment et contre la corruption.

Nous considérons que Maduro n’a rien à faire dans une prison état- unienne, et qu’il doit être remis au peuple vénézuelien.

Face au carbo fascisme1, nous pensons que la seule issue vers une démocratie réelle qui prenne en compte la finitude de la planète qui protège la vie dans son ensemble ne viendra pas de Maduro ou des personnes de son gouvernement qui négocient avec l’administration Trump, mais de celles et ceux qui sont la force vive de la contestation à l’intérieur du pays, celles et ceux qui s opposent au régime maduriste pour expérimenter un vrai pouvoir populaire.

Face aux impérialismes et au colonialisme, seule une démocratie réelle, fondée sur un contrat social accepté par tous et toutes, aura assez de force pour s’opposer aux agressions extérieures et construire la société du bien vivre qui est la seule adaptée à l’humanité et au vivant.

  1. Dans un entretien Jean-Baptiste Fressoz : « Le carbofascisme permet de comprendre les discours de Trump mais pas la réalité de l’économie mondiale » précisait le sens du mot « carbofascisme » ?
    « Il faut rappeler dans quel contexte ce néologisme est apparu, en 2018. J’étais convié par le journal Libération à participer à un événement intitulé le « Libé des historiens ». Pendant cette matinée, qui avait lieu dans l’entre-deux tours de la campagne présidentielle brésilienne, différents historiens étaient invités à rédiger des articles ou des tribunes pour commenter l’actualité. Dans la mienne, j’avais relevé à quel point les droites dures étaient toutes climatosceptiques, de Nigel Farage en Angleterre à Scott Morrison en Australie en passant par Jair Bolsonaro au Brésil et déjà Donald Trump aux États-Unis.
    C’était aussi pour moi l’occasion de mettre en cause une idée populaire en France au début des années 2000, celle d’un « écofascisme ». Cette idée avait été popularisée par Luc Ferry et Marcel Gauchet notamment, qui faisaient un lien entre l’écologie et l’antihumanisme. Je voulais souligner que l’histoire leur avait donné tort, à savoir que c’était plutôt les extrêmes droites qui s’étaient montrées hostiles à l’écologie et que cette dernière était au contraire proche de la gauche. Au départ, c’était ça le carbofascisme, un pied de nez au prétendu « écofascisme ». Et pas beaucoup plus
    « .
    https://www.scienceshumaines.com/jean-baptiste-fressoz-le-carbofascisme-permet-de-comprendre-les-discours-de-trump-mais-pas-la ; Pour creuser le sujet : https://www.greenpeace.fr/carbofascisme-pourquoi-doit-on-le-craindre/ ; https://www.ritimo.org/Ecologie-nature-et-extremes-droites-entre-carbofascisme-et-ecofascisme ; https://reporterre.net/Trump-au-Venezuela-nouvel-avatar-du-fascisme-fossile ;
    Pour s’y retrouver dans les néologismes, le Glossaire du Ritimo : https://www.ritimo.org/Glossaire-10158 ↩︎