L’édito du lundi de PEPS : Ce n’est pas aux quartiers populaires de payer la crise !

Plus d’une centaine de maires, présidents d’agglomérations et responsables d’associations, ont publié samedi 14 novembre une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour réclamer « l’égalité républicaine des quartiers prioritaires ». Dans le texte  les signataires réclament 1% des 100 milliards du plan de relance dévoilé en septembre pour lutter contre les conséquences économiques de l’épidémie de Covid-19, pour les « territoires en décrochage ».

Ce cri des élus des quartiers populaires montre que la crise sanitaire a mis le système à nu. Le désordre libéral fait des ravages dans les quartiers populaires, mettant en crise ce qui devrait être la fonction première des Etats, la protection des populations.

En France, la crise est aussi un révélateur des inégalités sociales et écologiques. Ce sont les quartiers populaires qui sont atteint en priorité. La mortalité touche en premier lieu la Seine Saint Denis et ses populations précarisées.Les chiffres de la précarité ne cessent de se dégrader dans les quartiers populaires. Il y a non- assistance à personnes en danger dans nos territoires.

Ce sont les pauvres qui paient le plus en raison de la plus grande exposition au virus dans le cadre du travail. Ils sont en première ligne face à cette épidémie : ce sont les aides-soignantes, les ASH, les infirmières, , les agents de nettoyage, cheminots, traminots, caristes, magasiniers, livreurs, caissières, etc.  Eux ne peuvent pas faire du télétravail et sont contraints à travailler dans des conditions qui les mettent en danger. Le chômage et la précarité vont accentuer la dégradation des conditions de vie et, in fine, ajouter de la mortalité en multipliant les licenciements, les fins de contrats en CDD ou en Intérim.

Ce sont les pauvres qui vivent dans des appartements exigus, suroccupés et souvent insalubres dans les cités. La densité de population et le surpeuplement créent des conditions de propagation du virus plus favorables qu’à Neuilly ou à La Baule. Les Foyers de travailleurs immigrés aux conditions indignes sont des clusters au même titre que les EHPAD.

Ce sont les pauvres qui ont le moins d’accès à la santé, d’espérance de vie et d’espérance de vie en bonne santé de tous les milieux sociaux. Les classes populaires sont ainsi davantage confrontées non seulement à une mortalité précoce, mais aussi au risque de vieillir en mauvaise santé et d’être exposé à diverses pathologies (diabète, maladies respiratoires, obésité, etc.) qui aggravent les risques de comorbidité liés au coronavirus. Alors que ces inégalités de santé affectent particulièrement les territoires populaires (les conditions de logement rendent plus difficilement supportables le confinement (au risque de provoquer d’autres problèmes de santé, notamment mentale). 

Ce sont les pauvres qui subissent le plus les inégalités de transport. Ces inégalités concernent particulièrement la population des cités marquée par une forte dépendance aux transports en commun. L’offre de ces derniers a été fortement réduite avec le confinement, les déplacements routiniers pour se rendre au travail ou pour faire des achats alimentaires doivent désormais se faire dans des transports publics souvent bondés, où les risques de contamination se trouvent démultipliés.

Ce sont les pauvres qui subissent le plus l’accumulation des injustices sociales et environnementales. Ce n’est pas à Neuilly, Auteuil ou Passy que sont installés les usines Seveso à risque, c’est au coeur des quartiers et des cités défavorisés, déjà touchés par le chômage et la crise sociale que se trouvent ces bombes à retardement. Depuis les années cinquante, on a laissé se construire des zones à risques dans des quartiers urbanisés, il faut maintenant en finir avec ces installations à risques au cœur des banlieues populaires.

Il ne suffit pas de constater, il faut organiser la résistance. Depuis mars, celle-ci prend trois formes :

  1. La première est celle l’auto-organisation : Cantines populaires, collectes alimentaires, Banques alimentaires participatives, brigades de solidarité populaire, expérimentations alternatives avec les circuits courts ou les manufacture de masques autogérée… L’entraide et la solidarité populaire se sont concrétisées à travers des réseaux comme Covid-Entraid. Ce mouvement de solidarité, d’éducation populaire et d’autogestion de la vie quotidienne, déjà préfiguré par les Gilets jaunes, est un acquis. Il préfigure une stratégie de démarchandisation qui passe par un contrôle des habitants sur la production et la distribution des denrées alimentaires et sanitaires. Il est le premier jalon d’un mouvement d’autodéfense sociale des quartiers populaires face à l’abandon des services publics et de l’Etat
  2. La deuxième est celle de la lutte pour les droits. Les sans-papiers comme le mouvement antiraciste ont montré la voie dès la fin du premier déconfinement avec les marches des solidarités des sans -papiers en juin et le 17 octobre, et celles du Comité Adama en juin contre les violences policières. La manifestation contre la loi de sécurité globale de mardi dernier devant l’Assemblée nationale en est un nouvel exemple. Les oppositions aux grands projets qui transforment la ville sur le dos de ses habitant·e‧s, souvent les plus pauvres, montrent que les quartiers populaires peuvent aussi devenir des nouvelles Zone d’autodéfense démocratique. Nous ne lâcherons rien face à l’Etat policier et au racisme d’Etat qui profitent du confinement veut nous imposer un état de guerre sociale.
  3. La troisième, c’est une mutation verte des banlieues rouges. Les banlieues industrielles qui constituaient le socle du communisme municipal peuvent devenir des zones d’écologie populaire. Dans les quartiers populaires s’inventent des formes de solidarités hors-système, des cultures métissées qui contestent le langage dominant. Ici se cristallisent des luttes locales qui demandent plus de services publics, plus d’air, moins de pollution, plus de beauté. Dans cette écologie de la survie, moins directement motivée par le changement climatique ou la perte de la biodiversité, mais plus par celui des fins de mois et des contraintes budgétaires, s’invente un monde nouveau.

Or pour nous écologistes de rupture, fin du monde et fin du mois constituent un seul et même combat : respirer, boire une eau saine, manger sans s’empoisonner, se chauffer, se déplacer, le cœur des politiques publiques doit être la garantie pour tous de bien vivre, de vivre et non de survivre. L’élaboration de revendications et d’exigences communes issues du mouvement social et de ses luttes peuvent déboucher sur un plan d’urgence contre la crise sanitaire, sociale et écologiste.

Face à la crise sanitaire et à la pauvreté, l’instauration d’un revenu d’existence inconditionnel devient une nécessité. 300.000 SDF, 10 millions de pauvres : Le revenu d’existence n’est plus un débat, c’est une nécessité. Avec le Dal, nous exigeons la baisse des loyers et la réquisition des logements vides pour que tout le monde puisse avoir un logement décent, liée à un plan de construction de logements. Avec le Comité Vérité et Justice pour Adama, nous demandons la fin du contrôle aux faciès, la suppression de la BAC et la fin de l’impunité vis à vis des violences policières Avec la Marche des solidarités, nous exigeons immédiatement la régularisation de tous les sans-papiers et la fin des camps de rétention. Avec les associations de lutte contre la misère, nous exigeons de rendre gratuit le droit d’accès à l’eau, au gaz, à l’électricité, aux transports collectifs pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de financer ces services.

Le soutien à l’économie solidaire et aux expérimentations collectives, la lutte contre l’obsolescence programmée avec des ateliers de réparations, des bricothèques, des gratuiteries, des réseaux d’échanges de savoir dessinent un autre avenir. Mais il faut aussi en finir avec l’économie parallèle aux mains des dealers. C’est pour cela que la légalisation du cannabis est un objectif stratégique déterminant à la fois pour assurer la tranquillité publique, mais aussi pour désengorger les prisons et enlever à la police un argument pour faire la chasse aux jeunes dans les quartiers.

Alors que les formations politiques se battent pour savoir quel sera le candidat qui « incarnera » la gauche en 2022, PEPS sera avec les habitant-es des quartiers populaires qui ont choisi une autre voie, celle de l’auto-organisation, de la défense de leurs droits et d’exigences communes.

#PatrickFarbiaz, Paris, le 16 novembre 2020