Leçons de la présidentielle 2022

Un débat organisé par PEPS a permis à des camarades de Grenoble, Carpentras, Seine Saint-Denis, Paris, Bordeaux, du Morbihan, de Marseille, Montpellier, de Savoie, des Français de l’étranger (Colombie), de l’Aveyron, d’échanger ensemble sur les élections présidentielles. Un certain nombre de points qui ouvrent le débat en ressortent.

1°. Trois remarques préliminaires sur le vote :

  • Au premier tour trois blocs sont équivalents en termes de voix. Ils font chacun plus de 20 %. Ils représentent des groupes sociaux différenciés, des imaginaires collectifs contradictoires, des projets de société antagonistes. Les camarades remarquent que les classes populaires se sont réparties entre vote Mélenchon, vote Le Pen et abstention. Si 70 % des gens rejettent Macron, ces 70 % ne sont pas unis et organisés autour d’un projet commun.
  • L’abstention massive approche celle de 2002. Elle se vérifie notamment là où sont concentrées les classes populaires, en Seine Saint-Denis notamment. La crise de représentation atteint désormais l’élection présidentielle. L’indifférence grandit face à la classe politique déconnectée des enjeux des électeurs. C’est le défi majeur à relever. L’abstention et le vote Le Pen sont particulièrement importants dans les zones rurales et périphériques des métropoles, dans les villages et les petites villes. L’intervention militante elle se fait en général, à Peps ou ailleurs, dans les métropoles, les grandes villes ou dans les banlieues. Il faut à l’avenir développer une action en direction des classes populaires de ces zones abandonnées au FN. Le rejet magistral de Macron par les outremers montre les faiblesses de l’Etat colonial ( Covid, Chlordécone)
  • Les « grands » partis d’antan, LR et le PS en sont réduits à des candidatures de témoignage. Ces partis sont victimes de leur incapacité à gérer les crises successives économiques, sociales, écologiques, géopolitiques de ces trente dernières années. Pour autant, la fin du social libéralisme n’est pas actée. Une aile du PS moribond va tenter à partir des collectivités locales de le faire renaître en liaison avec le centre gauche passé avec armes et bagages chez En Marche.

2° Le débouché électoral ne peut suffire face à la désespérance sociale et à la gravité de la crise écologique. Les médias dominants ont eu un rôle délétère dans cette campagne ( zemmourisation des esprits, occultation des vrais débats, relégation des options de résistance …). Face à cette bataille culturelle menée par les secteurs les plus réactionnaires, nous sommes démunis. Si nous attendons les prochaines échéances électorales sans rien changer à cette démocratie de l’apparence, la voie est ouverte à l’extrême droite. Il faut renverser la table en inaugurant des pratiques sociales nouvelles de coopération, d’entraide et d’auto organisation à partir des besoins de la population : démocratie alimentaire, logement pour toutes et tous, transports gratuits…Il faut reconstruire un mouvement par le bas comme aux débuts du mouvement ouvrier au 19eme siècle.


3° L’élection de Macron est l’expression d’une plus grande polarisation sociale entre les classes. Il est élu par un peu plus de 35 % des inscrits. Les classes populaires et les classes moyennes se sont réparties entre le vote Le Pen et le vote Mélenchon. Le vote des classes dominantes supérieures s’est identifié au vote Macron. Jamais depuis L’élection de Mitterranden 1981, majorité sociale et majorité politique ne se sont autant superposées.

4° Le fait majeur de l’élection, c’est l’émergence d’un vote des quartiers populaires reconstituant une forme de banlieue rouge. Ce sont des centaines de milliers d’électeurs qui ont fait du vote Mélenchon un instrument de défense de la classe ouvrière racisée. Que ce vote ait balayé non seulement les partis de la gauche institutionnelle et soit passé au-dessus des préventions à l’égard de la personne de Mélenchon est essentiel pour l’avenir. La gauche et l’écologie peuvent désormais aller de l’avant. Elles en ont fini avec les stupidités de la gauche dite « républicaine » sur l’islamophobie, l’antiracisme politique, le wokisme…Mélenchon en reprenant le concept de créolisation d’Édouard Glissant a réalisé une nouvelle synthèse qui sera un puissant levier pour la mobilisation et l’édification d’une nouvelle contre société dans les quartiers populaires.

Nous devons analyser les raisons de la progression du vote FN. Dès 1983 , ce vote a été instrumentalisé par le PS avec notamment la politique clientéliste dans les banlieues s’appuyant sur SOS racisme. L’entrée du FN au Parlement européen en 1984 suit la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » en 1983, que le parti socialiste au pouvoir a voulu dépolitiser en niant sa revendication d’« égalité » en créant « SOS racisme » avec son slogan paternaliste « touche pas à mon pote ». Dans le même temps, le think-tank Terra Nova appelait le PS à recentrer sa stratégie en abandonnant les classes populaires au profit des classes moyenne. Le mouvement n’a fait que s’accentuer dans les années qui ont suivi, avec la conversion de la gauche de gouvernement au libéralisme au point de devenir un parti bourgeois.

La création de LFI se traduit par un recentrage sur la lutte contre les diverses inégalités, qui recueille un écho dans les quartiers populaires ( voir la Seine Saint-Denis, où Mélenchon recueille 49 % des suffrages ) et fait progresser la reconnaissance d’une France métissée, contre les nationaux républicains.


5° Le PCF en se présentant et en se maintenant contre Jean Luc Mélenchon a une grande responsabilité dans l’absence de Mélenchon au deuxième tour. Il a comme en mai 68 ou en 1981, pris position contre l’unité populaire pour sauvegarder ses intérêts d’appareil comme l’ont fait à un moindre niveau les candidatures de témoignage des deux candidats trotskistes. Le Rousselisme, version modernisée du vallsisme, a été battu et c’est une bonne chose.

Le vote Mélenchon a été le vote efficace et rassembleur. C’est un vote de Front Populaire écologiste qui est particulièrement affirmé dans la jeunesse et les classes populaires urbaines. Mais le vote Mélenchon s’est aussi appuyé sur le mouvement de la jeunesse pour le climat. C’est la conjonction de ces deux votes avec en partie, mais en partie seulement, le vote « Gilet Jaune » qui constitue le socle du Front Populaire écologiste.

Néanmoins plusieurs camarades considèrent que la force de la FI est à la fois un problème et une solution. Cette force en étant sous la houlette d’une personnalité qui avec un groupe restreint décide de tout sans débat ne pourra pas tenir d’une manière pérenne. Le soutien que nous avons apporté à la candidature de Mélenchon ne signifie pas que nous partageons son projet et celui de la France insoumise. Nous n’entendons pas entrer dans le jeu des alliances entre les partis, nous ne croyons pas que le pouvoir se prend par la voie électorale et la conquête des institutions bourgeoises. Notre démocratie part d’en-bas, celle de la Commune de Paris, celle aussi défendue par les Gilets jaunes dans les Assemblées d’assemblées – et par l’Internationale (« il n’y a pas de sauveur suprême »). Et, comme l’histoire nous l’a montré dans le passé, on n’a pas forcément tort de penser que LFI représente et produit une nouvelle élite.

Il est temps qu’un mouvement politique de masse écologiste, social, communaliste et anticapitaliste se construise comme pôle politique indépendant.

7° Le candidat d’EELV, lui, paie sa politique d’écologie d’accompagnement qui s’aligne de plus en plus sur la politique des Verts allemands centriste et libérale. En voulant jouer la respectabilité, de sa participation à la manif policière d’extrême droite à ses déclarations va- t’en guerre pro-OTAN, Jadot s’est tiré une balle dans le pied. Soit EELV rentre dans le cadre de l’Union Populaire , soit il participe à une coalition centriste et libérale. Soit il s’autodétruit dans le combat entre ces deux lignes. Ce qui est certain pour l’avenir, c’est que le capitalisme vert est identifié comme stratégie de la droite macroniste, et que EELV devra choisir son camp.

8°Pour un camarade de Grenoble, il faut que PEPS maintienne une politique de clarté notamment en dénonçant le techno-progressisme qui se développe dans la gauche et l’écologie. La place de Rev et l’importance donnée dans le programme de l’Avenir en Commun à ces solutions est problématique.

9° La recomposition commence dès aujourd’hui et elle se fera parallèlement dans la rue et dans les urnes. Au second tour des présidentielles, nous devons comprendre que la colère anti-Macron a pris la forme de l’abstention, du vote blanc et même pour certain.es la tentation d’un vote Le Pen. Cinq ans de plus de Macron quel que soit notre vote de dimanche dernier, ce sera la poursuite de la guerre sociale avec la retraite à 65 ans, le RSA conditionné à un job sous payé, la continuation de la destruction des services publics, l’extension infinie du nucléaire….

L’autre échéance sera celle des législatives où la République en Marche et ses alliés peuvent être mis en échec si un pacte de Front Populaire écologiste est conclu de la base au sommet. Même si ce Pacte aboutit , la question centrale de la recomposition politique restera entière. Celle-ci est urgente. Elle ne se réduit pas aux actuelles forces politiques de gauche et écologistes. Elle concerne avant tout le mouvement social, la manière dont il se construit et se consolide dans les villes et les villages, les entreprises et les quartiers populaires. Celles et ceux qui se sont abstenus, les jeunes et les habitant.es des quartiers populaires doivent être les moteurs de cette recomposition.

Si nous sommes toutes et tous touché.e.s, dans notre quotidien, par la pandémie du Covid-19, les conséquences de la guerre en Ukraine, de plus grandes vagues menacent et frappent déjà au quotidien les plus fragiles d’entre nous et l’ensemble du vivant, en conséquence des crises économiques, climatiques, et socio-écologiques, (géo)politiques déjà à l’oeuvre.

Avec PEPS, nous considérons que les luttes sociales et écologiques s’inscrivent dans une même réalité. Nous souhaitons ainsi créer du commun entre les personnes et groupes sociaux victimes d’une même logique : le capitalisme et les multiples formes d’oppression qui le constituent ( classisme, racisme, patriarcat, validisme, spécisme, etc). Les pauvres et les précaires membres à part entière de la classe ouvrière et les petites classes moyennes en France ne contribuent qu’à la marge aux différentes crises et basculement en cours. C’est pourquoi la lutte pour l’accès aux droits est une lutte d’écologie de survie pour les classes populaires : l’accès à des services publics permet de satisfaire des besoins primaires de façon qualitative : se nourrir, se loger, s’éduquer, se soigner, se déplacer, se cultiver et permet de favoriser la construction d’un Etat garant du bien public et du bien commun pour construire collectivement les bases d’un confédéralisme démocratique qui s’appuierait sur des territoires résilients, construits collectivement dans une logique d’éducation populaire.

10° Il s’agit de définir une méthode de travail qui faciliterait l’appropriation politique au niveau local via des assemblées citoyennes, des coopératives, de l’éco-syndicalisme, et de l’éducation populaire face à la gouvernance des expert.e.s, des lobbyes, des multinationales et des grandes banques.

C’est pourquoi la justice socio-environnementale, l’intersectionnalité des luttes, et le fait d’agir via une appropriation politique locale (assemblée citoyenne, coopérative de producteurs, syndicalisme, éducation populaire, municipalisme libertaire, etc) dans une logique confédéraliste, sont des grilles de lecture privilégiées pour la recomposition. Pour PEPS, il ne s’agit pas de tomber dans l’illusion électorale, mais plus que jamais de travailler à l’unification des courants de l’écologie de rupture.

Nous avons des vides dans notre projet, nous devons les combler et couvrir l’ensemble des champs – nous avons cité par exemple le monde rural pour l’Université d’été. Nous devons mieux faire connaître nos positions, dans la campagne des législatives, mais surtout « dans la rue », dans les luttes.

Notre but, c’est construire un « bloc populaire » visant à l’hégémonie et capable de créer un contre-pouvoir incontournable dans le paysage politique.

Cela se fera à partir des luttes, des pratiques sociales concrètes illustrant une nouvelle vision du monde car, si LFI s’est structurée autour d’un homme, nous pensons que l’unification se construit sur une idéologie et par des luttes communes.

Notre projet doit aller de pair avec une organisation de type nouveau, qui n’a sans doute pas trouvé encore sa forme, et qui pourrait, par exemple, à l’instar de l’Offensive, élargir la sphère militante « classique » en fédérant des lieux de production (scop), des médias alternatifs, des lieux culturels, des associations sportives etc. Nous pouvons comparer la situation actuelle à celle du mouvement ouvrier naissant du XIX ème siècle.

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