L’Edito de PEPS : Canicule, la lutte pour le climat est aussi une lutte des classes et pour le droit des peuples

Après l’hémisphère sud, c’est au tour de l’hémisphère nord de subir des incendies monstre dévastant les forêts et leurs écosystèmes et des inondations meurtrières. Ce qui était l’exception est en train de devenir la norme. Ce n’est malheureusement pas une surprise, les rapports du GIEC nous alertent depuis 1990 et se font de plus en plus pressants. Mais, comme disait un président de la République au IVè Sommet de la Terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, « la maison brûle, mais nous regardons ailleurs ».

Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait juste, car le « nous », c’est un système économique productiviste, engagé dans une croissance sans limites, qui a pour nom « capitalisme » et pour principaux acteurs l’oligarchie financière et leurs Etats. Mais ledit président ne pouvait évidemment pas le dire.

C’est ainsi que les COP se succèdent depuis 1995 et se ressemblent dans les discours comme dans l’inaction. Souvenons – nous des cris de victoire qui avaient accompagné la signature de l’accord de Paris à la COP 21, un accord sans obligations, « oubliant » de citer les énergies fossiles. Depuis cette date, les émissions mondiales ont continué à augmenter. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les émissions en 2021 atteignent le niveau record de 36,3 milliards de tonnes C0² et devraient augmenter encore en 2022.

Pauvres et riches

Mais les premiers de cordée et les premiers de corvée ne subissent pas de la même manière. Un article récent de 220 revues médicales (dont le Lancet) écrivait : « la mortalité liée à la chaleur chez les plus de 65 ans a augmenté de plus de 50 % au cours des 20 dernières années ». A fortiori quand elles et ils habitent dans un environnement insalubre, souffrent de maladies à cause de leur travail, ne peuvent pas accéder à une alimentation de qualité, voire se chauffer l’hiver.

Tout cela est loin de la perception des riches, qui rêvent déjà à la conquête de planètes qui pourraient se révéler accueillantes, ou encore d’envoyer dans l’espace des miroirs ou autre poudre de perlimpinpin pour refroidir l’énergie des photons que nous envoie le soleil! Dans leur for intérieur, ils ne croient pas vraiment à la réduction des émissions de GES, si ce n’est par une technologie miracle. Pensez-vous, comment renoncer à nos dividendes ? 

Macron 2 = Macron 1

Mais nous avons un nouveau gouvernement, qui a dit que cela allait changer, que Macron 2 ne serait pas Macron 1.

Jetons donc coup d’oeil de ce côté. Cela bouge, en effet, dans l’environnement, des mesures ont déjà été prises :

– le ministère de l’environnement, un ministère d’État du temps de Hulot est tombé au 10è rang dans l’ordre protocolaire[1] (sans doute, pour travailler plus efficacement dans l’ombre)

– mais en cherchant bien, on déchante, car sous le prétexte de la guerre en Ukraine, on supprime l’étude d’impact environnementale préalable afin d’accueillir plus vite le terminal méthanier au Havre par lequel transitera le gaz de schiste américain. Le gouvernement prévoit aussi de redémarrer la centrale à charbon de Saint Avolt à la fin de l’année (Macron 1 avait promis d’arrêter toutes les centrales à charbon en 2022). L’autorité de sécurité nucléaire propose d’assouplir les contraintes de plusieurs centrales nucléaires (parmi celles qui restent en service) quant à l’utilisation de l’eau pour refroidir les réacteurs.

Tout cela ressort du bricolage, le fait d’un gouvernement à la remorque des grandes entreprises productrices d’énergie.

La politique de Macron, c’est de relancer le nucléaire. Il est parvenu, en alliance avec les pays d’Europe de l’Est défendant, elles, le gaz, à faire reconnaître le nucléaire comme une énergie « verte », qui pourra bénéficier de financements communautaires. La nationalisation d’EDF s’inscrit vraisemblablement dans le cadre de cette perspective.

Mais une perspective pour 2035. Cette politique est délétère, il faut exiger un (vrai) débat sur la politique énergétique avant la moindre décision, et bloquer maintenant tout début de réalisation, au nom de l’intérêt du peuple.

Et d’ici là ? Les citoyen.nes s’en chargeront, ayant pris leurs responsabilités face à un Etat déficient. Chiche ?

Nous sommes des citoyennes et des citoyens du monde

On parle de la France, mais on oublie souvent ce qui se passe « ailleurs », dans les continents où la politique des grands groupes et des Etats, avec la complicité des gouvernement locaux, apportent le désastre et la mort. Nous devons soutenir ces peuples qui se battent contre le pillage et les destructions qu’on leur impose, au nom de l’environnement.

La « compensation », décidée par le protocole de Kyoto signé en 1997, a pris un essor très important, avec des conséquences souvent dramatiques, car elle repose sur l’achat à grande échelle de terres pour les boiser, ce qui atteint le comble lorsque, dans le même temps, le pays où s’effectue l’achat est en proie à une déforestation galopante. Outre la disparition de terres consacrées à une agriculture locale vivrière, elle s’accompagne dans de nombreux cas de l’expulsion violente de leurs occupant.es. C’est une véritable catastrophe pour les peuples autochtones qui vivaient sur ces terres depuis des temps immémoriaux en symbiose avec l’écosystème[2].

Mais la « justice climatique », le capital ne connaît pas ! Le colonialisme climatique, lui, se porte allègrement, avec le soutien des Etats ! Les témoignages sont très nombreux, comme ceux que révèle Survival international[3] ou encore l’article d’Hélène Claudot-Hawad dans la revue Terrestres du 8 avril 2022[4] sur les désastres de l’« indépendance énergétique » de la France avec l’uranium du Sahara « une industrie de mort sur des terres irradiées ».

Marx disait avec justesse « un peuple qui en exploite un autre ne saurait être libre » ! PEPS fait de ce propos sa maxime.

Préparons la société écologique de demain

Nous sommes aujourd’hui, plus que jamais, dans une lutte pour la survie du vivant dans son ensemble. Face à l’urgence et pour un monde vivable, il est temps de se rencontrer pour débattre de ces questions, organiser la justice sociale et climatique et construire ensemble le pôle de l’écologie radicale nécessaire à la lutte contre le capitalisme destructeur et l’Etat déficient qui le sert.

Rencontrons-nous à Marseille du 20 au 24 août avec notamment nos camarades de l’Offensive, de Nantes en Commun et des amiEs Gilets jaunes, anti fascistes et militantEs populaires et écologistes pour les rencontres annuelles de l’écologie populaire et sociale.

PEPS, le 18 juillet 2022


[1]Il était au 5è rang dans le premier gouvernement

[2]D’après un rapport de l’OXFAM, les plans de l’Union Européenne s’appuient sur les forêts et la nature pour absorber 225 milliards de tonnes équivalent CO² « ce qui nécessiterait jusqu’à 90 millions d’hectares si  les pays de l’Union s’en remettaient uniquement à la reforestation pour atteindre cet objectif ». La question des terres est une question cruciale, et les problématiques de lutte contre le changement climatique ont des liens avec les politiques de « conservation » de la biodiversité, au détriment des terres agricoles et des espaces où vivent les peuples autochtones.

[3]Des exemples parmi d’autres : Tanzanie « des  milliers de Massaï ont fui, des dizaines de blessés et d’arrestations lors d’expulsion au nom de la chasse aux trophées et le la « conservation », 13 juin 2012 ; Kenya « pour les Sengwer, le financement occidental de la conservation conduira à un génocide », 30 juin 2022 ; « AFD : l’argent du contribuable français impliqué dans un scandale de violation des droits au nom de la conservation », 7 juillet 2022

[4]    Elle écrit : « Très loin de cette rhétorique vertueuse, rien n’a filtré sur les conditions de l’ « indépendance » énergétique   française, dépendante en réalité d’un minerai importé. Rien non plus sur la neutralisation impossible à l’échelle humaine des déchets toxiques de l’activité nucléaire dont la longévité peut atteindre des millions d’années. Enfin pas un mot sur la pollution extrême de l’environnement provoquée depuis plus de cinquante ans par les mines françaises d’uranium au Sahara. Rien sur la condamnation à mort des populations touareg dont la santé, la terre et les ressources nourricières ont été détruites par ces activités. Absolument rien sur le scénario morbide qui consiste à polluer et détruire l’écologie là-bas en affirmant décarboner ici ».

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