L’EDITO DE PEPS :  Et maintenant ?

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La situation politique issue de la séquence électorale est complexe.

L’abstention ne recule pas et s’étend. Cette sécession plébéienne devient structurelle. Les élections ne concernent plus une grande partie de la jeunesse, des ouvriers, des catégories populaires. Un fossé durable s’est institué entre le paysage politique et une population entrée en dissidence.

Le RN s’installe, se renforce nationalement et se banalise. La responsabilité des macronistes qui ont confondu les extrêmes, renouant ainsi avec le slogan de la droite de l’entre-deux-guerres ( mieux vaut Hitler que le Front Populaire, mieux vaut le RN que la FI ) ; l’implantation locale (Pas de Calais, Var, Pyrénées-Orientales ), la dédiabolisation du RN par Marine Le Pen la font apparaître comme un personnage modéré qui défend les plus modestes. Zemmour, en apparaissant comme la figure du fasciste intégral l’a aidée mais, s’il a pour le moment disparu, ses thèmes de prédilection (le Grand Remplacement, la remigration, le racisme et l’islamophobie) ont maintenant 91 représentants reconnus par le pouvoir comme des interlocuteurs naturels.

L’échec relatif de la NUPES : le doublement des députés issus de la gauche est satisfaisant mais ce résultat est décevant par rapport aux attentes suscitées. Il n’y a pas eu de réelle dynamique. La gauche reste minoritaire. Une partie de son électorat s’est réfugié dans l’abstention, une autre dans le vote FN, une troisième dans le vote Macron. L’accord conclu en moins de 15 jours est apparu comme une fuite en avant électoraliste pour avoir des places. Les parachutages, l’absence de prise en compte de la réalité locale, comme celle des jeunes issus de l’immigration, était contradictoire avec la volonté d’union à la base. La campagne trop courte, entièrement faite autour du seul slogan « Mélenchon Premier Ministre », ne répondait pas aux attentes et au questionnement sur de nombreux points : la démocratie, le fossé entre classes populaires blanches et quartiers populaires, le rejet de la métropolisation, de la mobilité et les dépenses contraintes, mais aussi la prise en compte des raisons qui paralysaient la mobilisation de l’électorat de gauche ( la pandémie, la guerre, le racisme). Cette peur qui touche tout l’électorat est une des impensées de cette séquence.

Néanmoins, la NUPES a suscité l’espoir en réussissant à présenter pour la première fois dans l’histoire des candidatures communes dans presque toutes les circonscriptions sur la base d’un programme réformiste radical qui a déplacé le marqueur de la gauche néolibérale de Hollande à la gauche antilibérale. Ce programme trace aussi les marqueurs d’un programme de résistance au plan de contre réformes. Il a fait rentrer à l’Assemblée nationale une nouvelle génération de militant.es politique avec de fortes personnalités (Rachel Keke, Aurélie Trouvé, Andy Kerbrat …, une ouvrière agricole, des jeunes issus des mouvements sociaux et des quartiers populaires, des syndicalistes, des activistes écolos…La NUPES constitue la première force d’opposition et malgré les divisions entre les quatre groupes exprime une diversité utile y compris à travers sa composition sociale-démocrate. C’est cette diversité qui s’est exprimée à travers l’envoi d’une forte représentation à l’assemblée. Mais si la NUPES n’accouche pas d’un mouvement qui dépasse le cartel électoral, elle ne pourra pas aller beaucoup plus loin.

Nous sommes rentrés dans une crise institutionnelle. Il y a en effet à la fois une victoire même par défaut d’Emmanuel Macron aux présidentielles et un vote sanction très lourd de la Macronie avec une majorité relative de 245 sièges au lieu de 289. Le bloc bourgeois a une base électorale solide qui peut être à tout moment renforcée par une partie des Républicains devenu un petit parti en position charnière entre la droite et l’extrême droite. Le macronisme a su créer autour de lui une coalition rénovée de centre droit qui saura défendre ses intérêts de classe. Macron n’a pas beaucoup de possibilités. Il peut tenter le référendum et la dissolution mais dans chacun des deux cas, c’est une arme à double tranchant qui peut se retourner contre lui. Il peut essayer de tenir en appliquant son programme au coup par coup. Mais les seules mesures qui peuvent être votées le seront par une coalition virtuelle et rampante « LR-ENSEMBLE » sur la base d’une guerre de classe comme la retraite à 65 ans ou l’assurance chômage, avec un renforcement de la répression et des lois sécuritaires. La période qui s’ouvre va être à la fois un recentrage autour du Parlement et de la rue.

Dans ce cadre, PEPS appelle à se mobiliser sur un programme d’urgence sociale, écologiste et démocratique : retraite à 60 ans, blocage des prix des produits de première nécessité, sécurité sociale de l’alimentation, réquisitions des logements vides, pas d’école et de fac à deux vitesses, travailler moins pour travailler tou.tes, non au nucléaire civil et militaire, régularisation de tou-te-s les sans papier-es, abolition des lois sécuritaires et islamophobes, soutien aux luttes anti impérialistes en Afrique et à la résistance du peuple ukrainien. Ce programme d’urgence, seule une gauche écologiste de combat peut le faire entendre en mariant trois stratégies complémentaires pour construire un bloc populaire de résistance :

Sur le plan institutionnel avec les députés de la NUPES au Parlement et dans tout le pays à travers les parlements locaux de la NUPES. Le Front Populaire Écologiste se construira dans la lutte par celles et ceux d’en bas. A cette condition, l’Assemblée nationale peut en être la caisse de résonance.

Dans la confrontation directe avec l’État pour refuser les contre–réformes à travers les grèves, les manifestations, les blocages, la désobéissance civile.

Dans la construction de bases de contre–pouvoir, ces zones d’autonomie démocratique dans les quartiers, les villages à travers la prise en main d’alternatives concrètes. Nous sommes à l’origine de dizaines d’initiatives, sur tout le territoire, pratiquant la démocratie directe et luttant contre les inégalités. Les associations, les ZAD, les lieux autogérés, les Scop et les Scic, les médias, les cantines et épiceries populaires, les Maisons du Peuple et les innombrables luttes que nous animons sont les exemples vivants qu’un autre monde est possible et qu’il existe déjà partiellement. Il est plus que temps de nous appuyer sur cette contre société pour instaurer un rapport de forces avec le capitalisme destructeur.

Nous invitons toutes celles et tous ceux qui veulent constituer ce bloc populaire de résistance à venir en débattre avec nous aux Rencontres d’été de l’Ecologie Populaire et Sociale du 20 au 24 août à Marseille.

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