Leurs saccages, nos partages   –  Synthèse et perspectives après l’assemblée du 30 janvier

Voici la synthèse de Rencontre en visio le dimanche 30 janvier de 10H à 13H

À l’initiative de : Association des communistes unitaires (ACU), Autogestion et Émancipation (courant d’Ensemble !), Cerises la coopérative, CNNR (Conseil National de la Nouvelle Résistance), Initiatives Capitalexit, PEPS (Pour une écologie populaire et sociale), Plein le dos, NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), Rejoignons-nous, Réseau 3AEF (Autogestion, Alternatives, Altermondialisme, Écologie, Féminisme), Se fédérer pour une #MaisonCommune.

Le productivisme est-il propre au capitalisme ? Faut-il parler d’«anthropocène» ou de «capitalocène» pour décrire l’ère dans laquelle on vit ? Quelle différence y a-t-il entre environnementalisme et écologie de rupture ? Et surtout, quelles sont les perspectives ouvertes dès aujourd’hui afin de sortir du saccage que le capitalisme inflige au vivant ? Telles sont les questions qui, parmi d’autres, ont été soulevées et débattues durant l’assemblée du 30 janvier, lors d’une discussion riche et fourmillante de pistes.

Lorsqu’elle n’est pas juste un supplément d’âme, l’écologie de rupture conduit forcément à parler de travail, de propriété et de démocratie… Car en matière écologique, rien ne sera vraiment possible tant qu’il y aura un chantage à l’emploi, tant qu’il y aura non seulement du travail utile au vivant mais aussi du travail inutile, néfaste et destructeur. Tant que la logique propriétaire visera non les usages et l’accès commun aux biens mais la rentabilité et le profit, l’extorsion de plus-value et l’accumulation de capital. Tant que la démocratie sera bafouée parce que l’immense majorité de la population ne peut participer aux décisions et parce que la propriété des moyens de production échappe elle-même au plus grand nombre. D’où l’importance de l’éducation et en particulier de l’éducation populaire pour la diffusion pied à pied de ces thèmes et de ces luttes.

Durant cette rencontre, il a été évidemment question de la remise en cause de la « croissance », l’un de ces thèmes majeurs qui nécessitent d’être approfondis en prolongeant la réflexion sur ce qui doit décroître (les transports, la consommation des ressources…) et sur ce qui doit être développé (le soin, l’éducation, la démocratie…) en tenant compte des besoins des populations dans leur diversité. Ainsi à Madagascar sévit ainsi une famine très meurtrière qu’on considère comme la première famine due au dérèglement climatique ; mais la population qui en est victime se situe hors de toute participation à ce dérèglement dont elle subit tragiquement les conséquences. A été donc beaucoup soulignée la nécessité de partir d’exemples très concrets, à la fois quant aux ravages imposés par le capitalisme et quant aux pratiques d’ores et déjà en œuvre pour en sortir.

De fait, il y a énormément de mouvements de luttes, qui en eux-mêmes ont une nature anticapitaliste : que l’on pense aux soulèvements de la terre pour défendre les terres face aux entreprises de prédation, de confiscation et de bétonisation lancées par des investisseurs financiers. Que l’on pense à la coordination nationale de luttes pour la reprise des terres. Aux luttes contre le nucléaire en général et le nucléaire militaire en particulier. Aux luttes contre les consortiums fabricants de pesticides. Contre les mégabassines. Aux coopératives multiples qui d’ores et déjà existent, des coopératives de la montagne du Limousin aux coopératives intégrales de Catalogne et aux coopératives autogérées d’électricité au Mexique. Et bien sûr à toutes les zones de subversion radicale où s’expérimentent des vies en-dehors de la matrice productiviste. Ce qui frappe aussi dans ces luttes et qui nous ramène aux enjeux démocratiques, c’est leur horizontalité. Il est absolument essentiel dès lors de partir de toutes ces potentialités, non pas seulement en recensant ce qui existe mais en examinant en quoi elles peuvent faire système et masse critique.

Parmi les exemples concrets qui ont été donnés, celui du rallye Monte-Carlo dans les Hautes-Alpes est particulièrement polluant mais aussi très révélateur d’une nécessité : articuler luttes environnementales et luttes sociales. Car localement, le territoire se meurt, les services publics se meurent, le chômage fait rage ; alors les promoteurs de tels rallyes ont beau jeu d’argumenter sur les bienfaits de cette manifestation pour la région. On a vraiment besoin d’associer finement, en fils serrés, nos luttes multiples pour l’émancipation, d’en refuser le cloisonnement, de proposer un tout autre récit que le récit dominant, des espoirs en des formes d’organisations différentes et tangibles, qui répondent ici et maintenant à l’inquiétude voire à la détresse de populations tentées notamment de se tourner vers l’extrême droite.

Il faut donc s’en prendre à l’ensemble des structures d’exploitation et de domination – notamment patriarcale, raciste, impérialiste et néocoloniale –, ne pas négliger les ravages de la guerre, d’ailleurs liée au néocolonialisme, guerre destructrice de la vie évidemment et de la biodiversité, refuser la simple « écologie morale » au profit d’une écologie de lutte, elle-même liée à la lutte des classes, refuser l’entre-soi et s’adresser au plus grand nombre, mener ainsi des campagnes vers le grand public.

Ces campagnes doivent identifier et documenter précisément les causes de ces ravages. Qui sait par exemple que l’un des plus gros pollueurs français est la BNP ? Que l’Institut français du pétrole, qui a le culot d’ajouter désormais à sa dénomination « Institut des énergies alternatives », consacre des fonds publics énormes pour produire une addiction renouvelée aux hydrocarbures, au pétrole et au plastique, et met ses recherches au service d’un des plus grands « criminels climatiques », le consortium saoudien Aramco ? Que le capitalisme imagine des innovations à leur tour destructrices pour mieux tenter de réparer ses destructions : ensemencer les nuages avec de l’iodure d’argent, transformer le patrimoine génétique des espèces pour les adapter au changement climatique, modifier l’albedo des océans (leur capacité réfléchissante) et installer des miroirs dans l’atmosphère pour diminuer les radiations solaires ? Peut-on vraiment croire qu’il y aurait des solutions capitalistes aux ravages du capitalisme ?

Ce système capitaliste exerce une emprise de plus en plus forte, sophistiquée et autoritaire sur le vivant et donc sur nos vies. Que lui oppose-t-on ? Là est évidemment la grande question. Peu importent les noms qu’on lui donne – ici on a parlé d’écologie sociale, de socialisme sans croissance, de communalisme, de confédéralisme démocratique, d’écommunisme et de communisme. En tout cas et quoi qu’il en soit : des formes d’auto-organisation et d’autogestion, fondée non sur la propriété lucrative mais sur le commun et les usages, avec des délibérations populaires sur les besoins, les modes et formes de production comme de distribution, de consommation et de partage.

Nous poursuivons donc la construction de ce « village commun » dans le respect de l’autonomie propre à ses membres, individus, syndicats, collectifs, réseaux, associations, partis, organisations…

• en constituant des groupes de travail eux-mêmes liés à ceux qui existent déjà,

• en nous donnant les moyens pratiques de se regrouper localement, par ville et région,

• en avançant dans la préparation de prochaines rencontres avec deux thèmes qui ont émergé :  

–       Pratiques coopératives et autogérées : leur existence, leur fédération, leur masse critique,

–       Capitalisme et validisme.

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