PEPS traverse aujourd’hui une épreuve : un des sien·ne·s, Ritchy Thibault, est actuellement incarcéré, à l’isolement, à la prison de Fleury Mérogis. Notre camarade est un prisonnier politique, privé de sa liberté pour de simples paroles, ce qui, nous l’avons dit, et nous le dirons encore, est inacceptable. L’émotion nous submerge, parce qu’il est l’un des nôtres, un camarade, un ami. Pour autant, nous devons nous garder d’une réaction trop affective qui nous éloignerait de la question politique. Ce n’est pas notre amitié pour Ritchy qui doit guider notre révolte. Ce n’est pas seulement le fait qu’on enferme pour des mots qu’il faut contester. C’est le système carcéral dans son ensemble qu’il faut dénoncer, condamner et abolir.
L’arrestation de Ritchy doit être l’occasion d’exprimer notre solidarité avec tou.te.s celleux que l’on ne croise pas, parce qu’iels sont mis·e·s à l’écart de nos luttes, de nos rues, de notre société. PEPS exprime sa solidarité avec tou·te·s les prisonnier·e·s, quel qu’iels soient.
PEPS porte un projet de société, le communalisme et l’écologie sociale qui se concrétiseront dans la seconde commune. Or, il ne pourra pas y avoir de seconde commune si perdure le système carcéral, qui est la négation même des droits fondamentaux. Nous devons faire disparaître les prisons.
La prison est la solution imaginée par les régimes autoritaires pour contenir les conséquences des injustices qu’elles produisent. Par la pauvreté, par les discriminations, par l’insuffisance de la prise en charge des souffrances psychologiques, et par l’indigence de l’éducation en matière de rapport de genres, nos sociétés produisent les conditions de la délinquance. Ce sont donc, d’abord et avant tout, les pauvres que l’on enferme.
Ce n’est pas qu’une formule, c’est la conclusion des études menées par l’observatoire international des prisons, Emmaüs-France, et le secours catholiques, que l’on peut difficilement soupçonner de sympathies anarchistes. Parmi les détenu·e·s concerné·e·s par ces études, 15% déclarent avoir été dépourvu·e·s de ressources financières avant leur incarcération. 45% estimaient être en situation de pauvreté avant la prison et 70% le sont à la sortie, d’où l’enclenchement d’un cercle vicieux1. L’enfermement a tout à voir avec la lutte des classes.
Ce sont aussi des personnes en grande souffrance psychologiques qui dorment dans les geôles. Le même observatoire des prisons précise que 80% des détenu·e·s présentent un trouble psychiatrique ou une addiction. Le temps du grand renfermement des pauvres et des « fous », décrit par Michel Foucault, n’est donc pas terminé.
Précisons enfin que près de 17% des détenus sont condamnés pour des faits liés aux stupéfiants. Les prisons se remplissent inutilement, parce qu’il est interdit de disposer librement de ces neurones.
Le manifeste de la seconde commune, diffusé par PEPS, rappelle l’indignité des conditions de vie dans les prisons françaises. Avec une surpopulation qui atteint les 156 %, des sanitaires vétustes, la prolifération des rats et la discrimination des personnes LGBTQIA+, le système carcéral bafoue l’ensemble des droits fondamentaux les plus élémentaires.
Et, selon le rapport du conseil de l’europe sur les conditions de détention, la France fait dans le pire du pire. Elle compte, avec la Turquie, parmi les pays aux prisons les plus surchargées et ou les conditions de vie sont les plus dégradées.
Et pourtant, les mesures alternatives sont peu mises en place, ni même pensées. Y compris à LFI, le programme est encore très timide à cet égard. Et même dans les rangs de la gauche révolutionnaire, l’abolition du système carcéral reste trop souvent un impensé des revendications.
Pensons à nos propres combats. La lutte contre les VSS est, bien-sûr, on ne peut plus légitime. Mais réclamer des peines de prison plus lourdes contre les auteurs ne conduit-il pas à une impasse ? Dans une société ou 10% des prisonniers sont des délinquants sexuels, ne serait-il pas plus juste de questionner l’éducation et la socialisation produite par le patriarcat. C’est finalement le même système qui créer l’agresseur et qui le punit.
Des voix se font certes entendre autour du vote de la loi « intégrale » contre les violences sexuelles. Les députées Gabrielle Cathala (LFI) et Clémentine Autain (L’après) regrette la dimension « inutilement répressive » du texte de loi. Mais cette parole est encore trop rare.
Il faut être clair : le communalisme ne se fera pas sans l’abolition des prisons. Mais comment ?
Gageons d’abord qu’avec la fin du capitalisme et du patriarcat, disparaitront bien des germes de la violence. Dans une société des communs, les rapports s’apaiseront naturellement.
Mais nous ne sommes pas naïfs et nous ne croyons pas au paradis sur terre. Nous savons que la violence et la cruauté existeront toujours, dans une certaine mesure, dans les sociétés humaines. A PEPS, nous ne balayons pas ce problème d’un revers de main. Le manifeste de la seconde commune propose les premières pistes d’un système de gestion des conflits efficace et respectueux des droits humains.
En premier lieu, l’enferment ne peut plus être la solution à la gestion de la maladie mentale. Il faut développer très largement les dispositifs d’accompagnement des personnes en souffrance psychologique.
En second lieu, la prévention, par l’éducation, est un préalable indispensable. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut lutter contre l’oppression patriarcale. La prévention, c’est aussi la médiation. Les instances locales de résolution des conflits doivent prendre le pas sur les structures étatiques répressives.
En troisième lieu, l’accent doit être mis sur la justice restauratrice. La priorité doit porter sur la transaction et la médiation, avant l’arbitrage et le jugement. La justice sera une fonction collective, exercée par des citoyens. Des juges pourront être tiré·e·s au sort ou volontaires et leur mandat sera révocable. Celleux-ci privilégieront les mesures de réparation et de réintégration sociale. Dans ce contexte, les peines de travail d’intérêt général pourront être utilisées de façon réellement utile pour le collectif, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
En dernier lieu seulement, lorsqu’un auteur de délit représente un danger, les assemblées pourront décider de mesures d’éloignement ou d’exclusion temporaire, dans le respect des droits fondamentaux et de la protection des personnes vulnérables.
Si l’on passe à côté de ses questions, on passe à côté du communalisme et de l’écologie sociale. Réveillons-nous et luttons pour la fin du système carcéral. Ne nous contentons de demander la libération de Ritchy Thibault. Ne nous arrêtons pas à la libération de nos camarades. Exigeons, purement et simplement, l’abolition des prisons.
Vive le communalisme
Vive la liberté
Yann Benoist