Une guerre impérialiste asymétrique, écologique et écocidaire

Une guerre impérialiste asymétrique, écologique et écocidaire

La guerre impérialiste déclenchée par Trump et Netanyahou contre l’Iran et le Liban reconfigure l’ordre mondial et la stratégie des puissances. Cette stratégie du chaos fait de la déstabilisation un élément durable. Mais comme au Vietnam, en Afghanistan, en Ukraine, une nation plus faible militairement résiste de façon asymétrique à une agression néocoloniale en utilisant les faiblesses des agresseurs. La différence ici c’est qu’en bloquant avec des drones, des missiles, des mines, le détroit d’Ormuz, en attaquant les installations pétrolières et gazières des alliés des américains dans la région, les iraniens transforment une guerre locale en guerre mondialisée. 

Ce retour de la guerre comme élément central de la géopolitique a des conséquences écocidaires et génocidaires et s’explique en grande partie pour des raisons écologiques. On peut qualifier cette guerre d’écocidaire parce que les moyens nécessaires à la survie des populations – écoles, hôpitaux, universités et zones résidentielles – sont visés. Les infrastructures industrielles – raffineries, sidérurgie, cimenteries – sont frappées. L’objectif des USA est d’affaiblir durablement les capacités productives de l’Iran et de le transformer en un État incapable de peser régionalement, au prix d’un effondrement social durable. Les habitations, les systèmes scolaires et de santé, les terres agricoles, les sources d’eau potable sont détruites. Cette destruction systématique est responsable d’une catastrophe écologique générée à court, moyen et long terme, et aura un impact sur la santé des populations, sur les écosystèmes terrestres et marins et sur l’accès aux ressources naturelles comme l’eau potable. Ce conflit « risque d’accentuer encore la pression sur les ressources naturelles, d’endommager les écosystèmes marins et terrestres, de compromettre les efforts visant à renforcer la résilience face au changement climatique, et d’affecter […] la sécurité sanitaire des aliments ». (Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)).

A cela s’ajoutent des destructions massives d’écoles, d’universités et centres scientifiques en Iran comme en Palestine et au Liban, et des destructions du patrimoine et de l’histoire de ces pays. A Gaza, depuis octobre 2023, l’armée israélienne a bombardé la totalité des douze universités et détruit 95 % des établissements scolaires. Plus de 700 000 enfants et étudiant·es sont encore privé·es d’éducation. […]. L’éradication des fondements d’une société, l’effacement de sa mémoire, de sa culture et par là même de son identité semblent au cœur de la démarche israélienne (Orient XXI, 27 avril 2026). Comme le disent les auteurs de cette tribune, « Bombarder l’Iran, c’est aussi détruire le patrimoine de l’humanité et hypothéquer la recherche ».

L’Iran, comme le Liban ou Gaza ne se limitent pas au régime en place, ce sont des millénaires d’histoire et de culture qu’il s’agit de préserver, pour l’humanité entière. 

Effacer un peuple, le  » renvoyer à l’âge de pierre », c’est estimer que la seule histoire humaine qui a de la valeur, c’est le capitalisme raciste dont Trump et Netanyahu sont une caricature. 

Un conflit écologique mondialisé

Cette guerre est aussi un conflit écologique mondialisé, géopolitique et dévastateur pour les populations du monde parce que les ressources liées à l’extractivisme comme le pétrole et le gaz sont un des enjeux de la guerre, mais aussi parce que le commerce mondial passant par le détroit d’Ormuz est bloqué, ce qui engendre des conséquences sensibles pour l’ensemble des pays dépendant de ce commerce, notamment dans le domaine de l’alimentation. Le scénario d’un choc mondial sur les prix de l’énergie constitue le principal risque. Celui-ci se transmet à l’économie par une hausse de l’inflation, un renchérissement des coûts de production pour les entreprises et, plus largement, un affaiblissement de la confiance des ménages et des entreprises. Cette instabilité énergétique va permettre aux entreprises pétro-gazières américaines et russes d’engranger des profits exceptionnels. Or, lorsque les prix du pétrole et du gaz augmentent, ce sont les classes populaires qui en subissent le plus les conséquences, à travers la hausse des coûts du chauffage, de l’électricité, de l’essence, et du fait de l’inflation. En France, le prix du diesel et de l’essence s’est envolé, ce qui pénalise fortement les personnes dépendantes de leur voiture pour leurs déplacements et dont le pouvoir d’achat est déjà contraint. 

Malgré les discours erratiques de Trump et les dénégations des dirigeants iraniens, les deux camps cherchent désormais à mettre fin au conflit, chacun voulant imposer sa propre version de « sa victoire ». Si le régime iranien cherche à présenter sa survie comme une victoire, Trump a aussi des raisons économiques et politiques de mettre fin à la guerre : perturbation des marchés et montée de l’inflation. Le coût financier de la guerre menée est faramineux pour les États-Unis. À cela s’ajoute une opposition intérieure à la guerre croissante, avec des mobilisations massives ces derniers jours autour du mouvement « No Kings », des divisions au sein du camp républicain à l’approche des élections des midterms. De plus une défaite stratégique de Trump se dessine par rapport à la Chine qui, elle, a entamé sa transition écologique à travers les énergies renouvelables.

Soutenir la lutte des peuples d’Iran

Il est urgent de soutenir la lutte des peuples d’Iran et du Liban en exigeant la fin de cette guerre impérialiste. Pris en étau entre l’agression impérialiste menée par les États-Unis et Israël et la réque, les peuples subissent une guerre destructrice aux conséquences sociales et écologiques majeures. Dans tous les cas, le régime iranien sortira affaibli de cette guerre, tant militairement que politiquement, mais aussi en termes de légitimité et de contrôle social. Une fois la guerre terminée, les mouvements sociaux ressurgiront. La société éprouvée par la guerre, la crise et la dictature cherchera à exprimer ses revendications. Ces mouvements sociaux devront s’organiser et se lier les uns aux autres pour ouvrir la voie à une alternative populaire issue de la base.

Les Kurdes du Rojhelat (Kurdistan d’Iran) ont joué un rôle d’avant-garde dans le mouvement révolutionnaire « Femme, vie, liberté » en septembre 2022, et ont bien montré la capacité politique et organisationnelle des Kurdes pour un changement démocratique en Iran. Le mouvement des femmes est toujours mobilisé malgré les massacres. Le mouvement ouvrier iranien a montré ces dernières années qu’il pouvait lui aussi lutter. C’est sur ces forces qu’il faut compter, et pas sur une intervention armée des puissances impérialistes qui n’a fait comme en Afghanistan, en Lybie ou en Irak que substituer aux dictatures, le chaos et l’oppression. 

Pour PEPS, nous ne soutenons ni le pouvoir des Mollahs ou des Gardiens de la Révolution ni le retour du Shah. C’est aux peuples d’Iran, du Liban  et de Palestine et à eux seuls de construire une alternative démocratique. Comme c’est aux peuples de la région de construire comme l’a proposé le responsable Kurde Abdullah Ocälan, une Confédération Démocratique des Peuples du Moyen Orient, seul moyen de construire une paix juste et durable .