Mort d’un militant d’extrême droite : contre toute instrumentalisation et récupération, solidarité avec les antifascistes et La France insoumise. Construisons une autodéfense populaire de masse !

Mort d’un militant d’extrême droite : contre toute instrumentalisation et récupération, solidarité avec les antifascistes et La France insoumise. Construisons une autodéfense populaire de masse !

La mort de Quentin Duranque, militant néofasciste, constitue un point de bascule révélateur du processus de fascisation en cours. L’extrême droite veut en faire un martyr. Le gouvernement et le bloc central, de Renaissance à LR, tentent de criminaliser LFI et les antifascistes afin de marginaliser et de diviser l’ensemble de la gauche, en constituant un front républicain à l’envers contre LFI.

Au-delà de la campagne infâme menée contre la Jeune Garde et LFI, ce qui s’est passé est un condensé de la situation politique, à l’intersection de trois dimensions : locale, nationale et mondiale.

1° Une situation locale

Les faits se sont déroulés à Lyon, ville où l’extrême droite identitaire est implantée depuis des années. Le Vieux Lyon est devenu un nid de fascistes, laboratoire d’un fascisme de terrain. Ils y disposent de bars, d’associations de supporters de l’OL, d’une paroisse intégriste https://rebellyon.info/L-antifascisme-et-la-violence-retour-sur-34308

Face à cet activisme, des militants s’organisent depuis longtemps pour protéger leurs locaux, leurs manifestations et leurs réunions.

2° Une situation nationale

Ce drame intervient dans une conjoncture où la polarisation entre les fascistes et le mouvement social change de nature. Sur fond de fascisation et de remise en cause de l’État de droit par la droite, l’extrême droite et les macronistes, nous entrons dans une phase d’affrontements de basse intensité, émaillée de violences politiques. Cette dynamique structurera le débat d’ici les élections présidentielles et se poursuivra quel qu’en soit le résultat.

Les fascistes voudront se venger. Ils ont déjà commencé : attaques contre les permanences de LFI et de Solidaires, défilés en rangs serrés, bras levés, slogans racistes, homophobes et sexistes dans les rues de Lyon et d’autres villes.

Ce climat de guerre civile larvée, ce fascisme d’atmosphère orchestré matin, midi et soir par le groupe Bolloré, est entretenu par la fascisation d’une police cogérée par des ministres de l’Intérieur décomplexés comme Retailleau ou Darmanin, appuyés par des syndicats comme Alliance. Tout cela annonce et prépare une possible victoire du RN et de ses alliés en 2027.

3° Une situation mondiale

L’affaire Quentin reflète aussi une situation mondiale marquée par le retour de la guerre, la puissance des empires (USA, Russie, Chine, Inde) et la montée de l’extrême droite sur tous les continents.

Dans un contexte de mondialisation capitaliste et de crise écologique aggravée, nous assistons peut-être à une forme de guerre civile mondialisée. Les empires ne se combattent pas entre eux, mais contre les peuples. Ils utilisent des bandes fascistes pour terroriser celles et ceux qu’ils désignent comme boucs émissaires : migrants, femmes, personnes LGBTQIA+.

La transformation immédiate de Quentin en martyr rappelle la théâtralisation orchestrée par les trumpistes autour de la figure de Charlie Kirk. Une internationale néofasciste salue déjà Quentin en Angleterre, en Italie, aux USA.

Que faire ?1° Réaffirmer l’antifascisme et soutenir LFI

Première condition : s’affirmer clairement antifascistes et afficher notre soutien à La France insoumise.

La gauche a perdu ses réflexes antifascistes. Elle a laissé l’extrême droite reprendre la rue. Elle recule face aux atteintes aux libertés démocratiques. Elle ne dénonce pas suffisamment les attaques contre les libertés syndicales dans les entreprises. Elle laisse passer les lois racistes.

Dès maintenant, nous devons dénoncer l’instrumentalisation de cette affaire par la droite, l’extrême droite et le gouvernement. Nous organiser pour défendre le droit de réunion et de manifestation. Nous opposer aux tentatives policières et fascistes de nous faire taire.

Dans l’immédiat, PEPS affirme sa solidarité avec la Jeune Garde et LFI. Nous devons refuser toute logique de soupçon dans nos rangs. Le « front républicain » inversé proposé par Darmanin, Retailleau et Bardella doit être fermement combattu.

La France insoumise est stigmatisée et criminalisée pour l’exemple. Après la dissolution de la Jeune Garde, son classement à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur, les attaques incessantes du gouvernement et de l’extrême droite, la séquence politico-médiatique ouverte après le 14 février à Lyon confirme la tendance : l’antifascisme est traité comme une menace structurelle, tandis que l’écosystème réactionnaire est relativisé.

Les violences d’extrême droite deviennent des « débordements ». Les résistances sont présentées comme des troubles à l’ordre public. À la veille des élections municipales, la diabolisation de LFI et de la Jeune Garde vise non seulement LFI, mais toute la gauche, parlementaire ou extraparlementaire.

Ce traitement différencié déplace la frontière du tolérable politique. Ce qui relevait hier du débat devient suspect. En désignant une force parlementaire comme problème structurel tout en normalisant des thématiques issues de l’extrême droite, le champ politique se réorganise au bénéfice du bloc réactionnaire.

Ce n’est pas seulement une offensive contre un parti. C’est un avertissement adressé à toutes les forces sociales et écologistes.

2° Mener la bataille culturelle

Deuxième condition : engager une bataille culturelle.

Les théories racistes (grand remplacement, « remigration », xénophobie, droit du sang), le masculinisme, le patriarcat, l’eugénisme ou le validisme saturent l’espace public.

Pour les dominants et les fascistes, certaines vies vaudraient plus que d’autres. Pas pour nous.

Les migrants morts en Méditerranée ou dans la Manche, les morts en commissariat, Clément Méric, Brahim Bouarram, Federico Martin Aramburu ne valent pas moins que Quentin Duranque.

Aujourd’hui, les fascistes dominent non seulement l’espace médiatique, mais aussi celui des idées. L’extrême droite impose ses mots, ses peurs, ses obsessions. Ce qui paraissait impensable hier est banalisé aujourd’hui.

Cette banalisation passe par la désinformation du groupe Bolloré et par la fachosphère. Nous assistons à une orwellisation du débat public : inversion des mots, détournement du sens. Les antifascistes sont présentés comme fascistes. Ceux qui combattent le suprémacisme sont accusés d’antisémitisme. Les soutiens d’un gouvernement d’extrême droite sont érigés en défenseurs du peuple juif, tandis que les nouveaux « antisémites » seraient celles et ceux qui ont toujours combattu le nazisme.

Il est urgent de reprendre la bataille des mots et des idées.

Dans les années 1930, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, parallèlement au Front populaire, a organisé la contre-attaque sur plusieurs plans. Il a joué un rôle majeur en réunissant socialistes, radicaux, communistes, libertaires et surréalistes. Il a été à la fois un laboratoire d’idées et un instrument de critique intellectuelle.

Nous avons besoin aujourd’hui d’intellectuels, d’artistes, de médias capables d’organiser la contre-offensive au-delà des appareils politiques.

3° Repenser l’autodéfense populaire

Troisième condition : repenser l’autodéfense populaire pour protéger nos manifestations, nos réunions, nos locaux et nos militant·es.

Ce débat doit s’ouvrir.

L’affrontement entre groupes identitaires et militants de gauche n’est pas nouveau. Dans les années 1930, les ligues fascistes mobilisaient des dizaines de milliers de militants et allèrent jusqu’à prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. Après 1968, le mouvement Occident organisa des descentes contre les facultés dites de gauche.

La différence aujourd’hui, c’est que l’extrême droite est aux portes du pouvoir. En 2025, une agression par semaine a été commise par des militants identitaires.

Riposter s’impose, mais pas n’importe comment.

Aux États-Unis, face à l’ICE et à la politique de Trump, des milliers de personnes s’organisent pour surveiller la police, prévenir les sans-papiers, identifier les agents. La mobilisation dépasse la simple manifestation. Des voisins se protègent mutuellement. Ils font le guet, alertent, filment les arrestations, manifestent devant les centres de rétention, ravitaillent ceux qui se cachent.

Cela ne met pas fin aux arrestations, mais rend les rafles massives plus difficiles.

C’est la démonstration de ce que peuvent accomplir des femmes et des hommes ordinaires lorsqu’ils s’organisent. Face à l’arbitraire de l’État, à l’autoritarisme grandissant et aux offensives patronales, beaucoup de choses sont en notre pouvoir — à condition de ne pas rester isolés.

Cette approche ne relève ni du militarisme ni du virilisme. L’autodéfense est une bataille politique et culturelle. Les brigades d’autodéfense et les services d’ordre ne doivent pas être des groupes séparés s’affrontant bande contre bande, mais des expressions organisées du mouvement populaire.

Nous refusons la fascination pour la violence et le virilisme qui dépossèdent le mouvement de masse de sa capacité d’agir.

L’autodéfense, pour PEPS, c’est d’abord l’organisation de la solidarité concrète, politique et matérielle avec les premières cibles du fascisme : victimes du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie, du sexisme, des discriminations et de l’exploitation capitaliste.

Sauvons-nous nous-mêmes. Protégeons-nous ensemble.

L’autodéfense populaire commence par l’entraide : logement, alimentation, santé, éducation. Elle suppose de partir des conditions de vie réelles pour résister à la tentation du bouc émissaire : l’immigré, le voyageur (Rom, Manouche ou Tsigane), le jeune des quartiers populaires, la personne handicapée, les femmes, les personnes LGBTQI+, les précaires.

Ce sont déjà les premières victimes de la fascisation rampante.

Si ces groupes se réfugient dans l’abstention, la défiance ou parfois le vote RN, c’est aussi parce qu’ils ont été abandonnés par les partis institutionnels. Pour éviter qu’ils ne restent spectateurs passifs et pour recréer les conditions d’une nouvelle dynamique populaire, il faut reconstruire l’espoir par le bas.

Ni sauveur suprême, ni soumission néolibérale : l’auto-organisation.

L’antifascisme populaire et social commence par le lien entre luttes sociales et écologiques. La campagne menée contre Bolloré par les Soulèvements de la Terre en est une illustration. Les écolo-communalistes, forts de leur tradition de désobéissance civile, peuvent proposer une autre forme d’organisation face à la fascisation et à la répression.

Pourquoi ne pas nous organiser en « Green block » face à la répression de l’État et aux milices fascistes ? Opposer une force d’autodéfense populaire non violente, rompre avec la logique de la bataille de rue entre deux groupes, devenir des gardiens vigilants de la démocratie, de l’État de droit, de la justice sociale et environnementale.

Les observatoires des violences policières, à Toulouse et ailleurs, montrent la voie. Ils pourraient préfigurer une force renouant avec les traditions des services d’ordre syndicaux, du Secours rouge des années 1970, des antifascistes des années 1930, tout en intégrant les apports de l’autodéfense féministe, LGBTQI+ et antiraciste.

Nous détestons la violence et les rapports de domination. Mais c’est toujours l’oppresseur qui choisit le degré de violence pour asseoir son pouvoir.

Affirmons nos choix de vie. Donnons-nous les moyens de défendre nos espaces de liberté et nos tiers-lieux. Repenser les règles du jeu est devenu une nécessité.