Cette prise de parole a eu lieu le 26 février 2022 à la bourse du travail de Paris.

Patrick Farbiaz, Paris, le 26 février 2022

Chers amis, tout d’abord, je souhaite vous dire dans ces journées où la résistance du peuple ukrainien est à l’ordre du jour que c’est le même combat contre la dictature, qui s’appuie sur les services de renseignement, les oligarques ; c’est la même lutte pour la démocratie et l’État de droit qui lie les peuples algériens, ukrainiens et de France, tous les peuples du monde. L’accueil des réfugiés ukrainiens nous rappelle aussi l’exode des migrants algériens qui fuient la dictature et la misère. Pour PEPS les frontières doivent s’ouvrir à toutes et tous qu’ils soient ukrainiens algériens ou maliens. Cette lutte du peuple ukrainien nous rappelle aussi que même dans les jours les plus noirs, la lutte et l’unité d’un peuple, sa résistance et sa ténacité représentent l’espoir, l’avenir. Et justement cet espoir se concentre aujourd’hui dans la grève de la faim déclenchée par les 46 détenues à la prison d’El Harrach à Alger  qui ont commencé une grève de la faim le 28 janvier, pour protester contre leur détention qu’elles considèrent arbitraire, Dans une action de représailles, cinq d’entre eux ont été agressés physiquement tandis qu’au moins 23 ont été transférés arbitrairement dans d’autres prisons.

L’État de la répression trois ans après le début du Hirak nous la connaissons. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) a estimé que le nombre de personnes en  en détention était de 340, le 9 février 2022

Les autorités tentent d’étouffer ce qu’il reste encore d’espace civique, menaçant la survie même de la société civile dans toutes ses composantes. Les autorités ont également pris pour cible des associations et des partis. Le jeudi 20 janvier, le Conseil d’État algérien a ordonné la suspension des activités du Parti socialiste des travailleurs et la fermeture de ses locaux. Après la dissolution de RAJ (Rassemblement actions jeunesse), l’emprisonnement du président de « SOS-Bab el Oued » et du porte-parole du Mouvement démocratique et social (MDS),c’est une attaque contre toutes les organisations qui ont soutenu le Hirak.

Cette sanction administrative et politique s’intègre dans la stratégie du « tout répressif » menée depuis près de deux ans par le pouvoir algérien contre le Hirak, cette révolution populaire qui, depuis le 22 février 2019, a nourri l’espoir de mettre fin à un régime autoritaire et oppresseur dominé par les militaires. Le dispositif répressif mis en place vise à criminaliser le Hirak et toute action qui lui est liée. Ainsi, le nouvel article 87-bis, introduit par ordonnance présidentielle dans le code pénal, permet au pouvoir de mener des arrestations arbitraires et de suspendre ou annuler les droits constitutionnels de l’opposition. Le pouvoir veut museler le Hirak. Il cherche à empêcher toute nouvelle mobilisation, faire taire les oppositions et préserver ses intérêts faits de corruption et de prédation.

À la veille des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, la solidarité avec le peuple algérien pour son indépendance nationale, ses revendications sociales et démocratiques, comprend le soutien à ses libertés fondamentales, l’arrêt de la répression contre le Hirak, la libération de l’ensemble des détenu.e.s d’opinion et la garantie de pleines libertés démocratiques pour le peuple algérien.

 À ses débuts, le Hirak a suscité l’enthousiasme d’activistes français qui ont cherché à s’informer sur la situation, à en discuter, à manifester leur soutien, voire à se rendre en Algérie pour prendre part aux manifestations, parfois à leurs risques et périls, comme en témoignent l’expulsion de Mathilde Panot (La France insoumise) et l’arrestation de Jean-François Le Dizès (Ensemble !), pour ne citer que ces deux cas. Admettons tout de même que la gauche française, à de rares exceptions près, s’est pour l’essentiel cantonnée au service minimum sur le plan de l’internationalisme

Nous devons soutenir le peuple algérien sur trois fronts : D’abord mettre sous pression les généraux sur le plan judiciaire et financier. Nous nous réjouissons de la possibilité de poursuites judiciaires en Suisse contre le général Khaled Nezzar pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il faudrait que les avoirs en Europe de ces oligarques criminels de guerre soient saisis et gelés. Nous devons soutenir la création d’un pool juridique franco- algérien pour documenter toutes les formes de répression et utiliser toutes les possibilités de défense

Ensuite nous devons en France mettre à jour les connexions entre les entreprises françaises comme Total et le pouvoir algérien ; La rente des généraux ce sont nos entreprises que nous soutenons objectivement la répression contre le Hirak. Dans ces entreprises nous devons organiser la solidarité syndicale avec les travailleurs algériens de ces entreprises et avec le Hirak.

Enfin organiser la solidarité politique avec le Hirak au niveau de l’espace franco maghrébin. Parce que c’est fondamentalement la même lutte contre les pouvoirs néocoloniaux qui asservissent les peuples marocains, tunisiens, algériens. C’est à ce niveau qu’il faut envisager la construction, d’un Maghreb des peuples qui reconnaissent à la fois les identités des peuples berbères, arabes de tous les peuples qui constituent cet ensemble pour une confédération démocratique et libre quoi garantisse la justice sociale et écologique.

Rien n’arrêtera le peuple algérien qui le crie dans la rue ( «  pluie , chaleur, rien ne nous arrêtera ») ; Le Hirak est une énergie renouvelable. Vive la solidarité avec les peuples du Maghreb , vive le Hirak, vive la lutte du peuple algérien, vive la solidarité internationale. Comme le disait Aimé Césaire «C’est l’heure de nous-mêmes ». Le Hirak vit, le Hirak vaincra !

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